Ouagadougou, les organisations féminines, les autorités sanitaires et les partenaires techniques se sont réunis lors d’un forum multisectoriel organisé dans le cadre de l’initiative Voix EssentiELLES | Leadership des femmes contre le paludisme. Objectif : institutionnaliser le genre dans les politiques nationales de lutte contre le paludisme et positionner le leadership féminin comme levier clé d’élimination au Burkina Faso.

Ouagadougou, 17 février 2026 – Dans un pays où le paludisme demeure la première cause de consultation et d’hospitalisation, l’élimination ne pourra être atteinte sans une mobilisation structurée des femmes, qui constituent une cible clé du paludisme, ainsi que des enfants de moins de 5 ans. C’est dans cette dynamique que s’est tenu le forum multisectoriel « Femmes & Paludisme : transformer le leadership féminin en force d’élimination du paludisme », organisé dans le cadre de l’initiative Voix EssentiELLES | Leadership des femmes contre le paludisme, portée par Speak Up Africa et financée par le Fonds Mondial.

Un défi sanitaire majeur au Burkina Faso

Selon l’annuaire statistique 2024 du Ministère de la Santé, le paludisme représente : 

Ces chiffres rappellent l’urgence d’une réponse coordonnée, inclusive et durable.

Les femmes, en première ligne au sein des ménages et des communautés, assurent la prévention, la promotion de l’utilisation correcte des moustiquaires, l’accompagnement aux soins et le suivi des traitements des membres de la famille. Pourtant, leur rôle stratégique reste encore insuffisamment intégré dans les processus décisionnels et budgétaires.

Un forum pour passer de l’engagement à l’institutionnalisation

Réunissant le SP-Palu, des ministères sectoriels, des partenaires techniques et financiers, des leaders communautaires et des organisations de la société civile, le forum a constitué un cadre structurant de dialogue et d’engagement. Dans la lutte contre le paludisme, les femmes sont à la fois cibles prioritaires et actrices incontournables. À ce titre, elles doivent occuper une place pleine et entière dans les espaces de décision stratégique, en tant qu’influenceuses communautaires, gardiennes de la prévention et relais de confiance. 

Ce changement, porté par les femmes issues des communautés, repose sur trois conditions essentielles :

Ce forum, porté dans le cadre de l’initiative Voix EssentiELLES | Leadership des femmes contre le paludisme, a mis en exergue l’importance de l‘action communautaire dans la gouvernance sanitaire. Parce que le changement durable découle de la connexion et de l’alignement entre les politiques, le dialogue avec les communautés, dans une perspective de co-construction de stratégies adaptées.  

Comme l’a affirmé Irène Zoungrana, Présidente de l’Association Vision Nouvelle :

« Pour vaincre le paludisme au Burkina Faso, il faut impliquer les femmes dans la lutte. »

Institutionnaliser le leadership féminin : une priorité stratégique

Au cœur des échanges : comment faire du leadership féminin un levier institutionnel durable ?

Ce forum a permis d’identifier trois axes prioritaires :

La validation d’une feuille de route assortie d’un mécanisme de suivi marque une avancée significative vers une contribution structurée et mesurable des organisations féminines à l’ambition nationale d’élimination 

Pour Roukiattou Ouédraogo, Conseillère régionale plaidoyer à Speak Up Africa :

« Donner la parole aux femmes, c’est reconnaître leur capacité à influencer les politiques publiques, à mobiliser les ressources et à faire le lien entre les réalités communautaires et les décisions nationales. »

Une approche multisectorielle pour accélérer vers 2030

L’élimination du paludisme ne relève pas uniquement du secteur sanitaire. Elle implique les institutions en charge du genre, les collectivités territoriales, les leaders religieux et coutumiers, les médias et le secteur privé.

Le représentant du SP-Palu, Dr Sidzabda Kompaoré, a salué cette mobilisation en soulignant :

« Ce forum constitue une opportunité majeure pour renforcer la coordination et accélérer les actions en vue de l’élimination du paludisme. »

Dans un contexte de transformation numérique, la mobilisation communautaire et la communication digitale sont également apparues comme des leviers stratégiques pour amplifier l’impact.

Appel à l’action

Les organisations communautaires (Association Vision Nouvelle, ONIDS, Association KAMY) sous le leadership du Réseau des Voix EssentiElles du Burkina Faso, appellent l’ensemble des acteurs, institutions publiques, partenaires techniques et financiers, organisations communautaires et leaders d’opinion  à :

L’élimination du paludisme d’ici 2030 est possible.
Elle passera par une mobilisation multisectorielle forte, coordonnée et inclusive.

Et au cœur de cette mobilisation : les femmes.

Le 11 octobre, la Journée internationale de la jeune fille nous rappelle chaque année que les promesses faites aux filles restent souvent suspendues entre ambition et réalité. Dans un monde où les politiques d’égalité foisonnent mais peinent à transformer la vie quotidienne, deux organisations soutenues par l’initiative Voix EssentiELLEs, le Réseau des Jeunes pour la Promotion de l’Abandon des Mutilations Génitales Féminines et des Mariages d’Enfants (RJPA-MGF-ME) au Sénégal et le Groupe de Jeunes Filles et Femmes Autonomes (GJFA-ONG) au Bénin offrent un contre-récit inspirant : celui d’une prise en main locale, menée par les filles, pour les filles.

Quand les filles cessent d’être bénéficiaires

À Sédhiou, les constats sont éloquents : une fille est deux fois plus susceptible d’abandonner l’école secondaire qu’un garçon. Derrière ces statistiques se cachent des visages, des histoires, des rêves inachevés. En plus de l’éducation, il y a aussi, des témoignages bouleversants reçus par le Réseau des Jeunes mettant en exergue dans leurs récits des obstacles qu’elles rencontrent surtout en termes d’excision et de mariages précoces. Le Réseau des jeunes est né de cette urgence, de cette volonté de ne plus laisser les filles en marge des décisions qui les concernent.

La problématique principale que le Réseau des Jeunes tente de résoudre est la lutte contre l’excision et les mariages d’enfants qui constitue un bafouement de leurs droits fondamentaux. Ses membres n’ont pas seulement décidé de « sensibiliser » : ils ont choisi de transférer le pouvoir. Les filles sont amenées à devenir des ambassadrices pour la lutte contre les VBGs dans leurs écoles ou communautés. Elles coaniment des ateliers, participent à des campagnes digitales et conçoivent des actions locales dans le cadre de plaidoyers menés par l’organisation.

Les bénéficiaires du Réseau des Jeunes en pleine activité
Les bénéficiaires du Réseau des Jeunes en pleine activité

De la parole à l’influence

Ce renversement d’approche a tout changé. En effet, avec l’implication des jeunes filles, le projet est plus pertinent et ancré dans la réalité. Ainsi, grâce à leurs idées et leurs retours, le Réseau des Jeunes a pu adapter ses activités aux réels besoins de ses cibles. Mais aussi, l’implication des filles a permis une meilleure adhésion et mobilisation; ce qui permet de toucher indirectement des potentielles bénéficiaires.

Le réseau a vu émerger une génération de jeunes femmes plus confiantes, plus vocales, capables de dialoguer avec les autorités locales et d’influencer la mise en place d’espaces d’écoute communautaires pour prévenir le harcèlement. Cette évolution est une réelle transformation du rapport au pouvoir.

Les bénéficiaires du Réseau des Jeunes en pleine activité
Les bénéficiaires du Réseau des Jeunes en pleine activité

À l’époque, elle ignorait carrément les attitudes à adopter en cas de viol et n’avait pas connaissance des structures de référencement. En participant aux activités organisées par le Réseau des Jeunes, elle a pu acquérir de précieuses connaissances sur la prise en charge et le soutien aux survivantes. Aujourd’hui, elle porte sa voix pour prévenir, accompagner et renforcer les jeunes filles de sa communauté. 

Ce basculement individuel, de victime silencieuse à actrice de changement, illustre la puissance des approches ancrées localement et centrées sur les droits humains qui valorisent l’appropriation par les jeunes filles elles-mêmes des défis et la formulation de solutions. Les jeunes filles passent de simples bénéficiaires à actrices du changement et avocates dans la défense de leurs droits. 

L’autonomie comme acte d’influence

De l’autre côté du continent, au Bénin, le Groupe de Jeunes Filles et Femmes Autonomes (GJFA-ONG) démontre que émancipation économique et leadership sont profondément connectés. L’organisation place les jeunes filles au centre de toutes ses actions, non pas comme bénéficiaires, mais comme co-créatrices et actrices de changement communautaire.

Elles participent à la conception des projets, formulent elles-mêmes les priorités d’action et décident des stratégies à adopter sur des enjeux aussi cruciaux que les violences basées sur le genre, la santé sexuelle et reproductive ou la redevabilité locale. Ces espaces participatifs ont transformé la posture de ces filles, désormais capables de dialoguer avec les décideurs.

Cette dynamique s’est traduite par un changement concret : dans les communes de Bopa et Houéyogbé, les plaidoyers menés à l’aide des jeunes filles ont conduit à l’intégration de lignes budgétaires dédiées à la lutte contre les VBG et à la promotion de la santé et des droits des filles. Une avancée majeure qui montre que leur voix ne s’arrête plus aux ateliers de sensibilisation, mais trouve écho dans les politiques publiques locales.

Des jeunes bénéficiaires participant à un atelier d’élaboration de messages de plaidoyers

Des jeunes bénéficiaires participant à un atelier d’élaboration de messages de plaidoyers

L’histoire de Dorcas Megbehou incarne cette évolution. D’abord participante à des activités du GJFA, elle a été accompagnée dans l’entrepreneuriat en maraîchage et élevage en vue du générer du revenu pour poursuivre ses études. Aujourd’hui, elle est entrepreneure autonome, mentor et porte-parole pour d’autres filles de sa commune. Son parcours résume bien la philosophie de l’organisation : la réalisation  de l’autonomie financière comme tremplin pour la prise de parole et la légitimité politique.

Anna Ella Mahoukpo, Présidente du GJFA, à un déjeuner de plaidoyer avec les décideurs communautaires
Anna Ella Mahoukpo, Présidente du GJFA, à un déjeuner de plaidoyer avec les décideurs communautaires

Aujourd’hui, ces jeunes filles ne se contentent plus de réclamer des droits, elles négocient, influencent et redéfinissent les règles du jeu au sein de leurs communautés. Leur présence dans les réunions communales, leurs interventions dans les cadres de concertation VBG/DSSR, ou encore leurs campagnes de plaidoyer local témoignent d’une chose : le leadership féminin n’est plus un concept abstrait, mais une réalité politique, tangible, en construction depuis le terrain.

Des voix locales, un débat global

Ce que montrent ces deux organisations, c’est que les transformations durables ne viennent pas des déclarations globales, mais de la capacité à localiser l’ambition du leadership féminin pour relever les défis de l’amélioration de leur condition. Les débats mondiaux sur l’égalité de genre parlent de participation, de résilience, d’autonomisation économique. Leur application sur le terrain, prend vie quand une fille ose dénoncer un mariage forcé ou quand une autre obtient un microcrédit pour financer son activité.

En intégrant les filles dans la conception, la mise en œuvre et le plaidoyer, ces initiatives illustrent un changement d’échelle : passer d’une approche “pour les filles” à une approche “par les filles”. Ce changement, bien que local, s’inscrit dans une réflexion globale sur la relocalisation du pouvoir dans le développement. Il répond aux appels répétés pour une aide internationale plus féministe, plus ancrée dans les dynamiques communautaires, où les savoirs et priorités locales dictent les solutions.

En célébrant la Journée internationale de la jeune fille, nous ne devons pas seulement rappeler leurs droits, mais écouter leurs voix, comprendre leurs stratégies, et surtout, leur faire une place durable dans la gouvernance du changement. Parce que le futur de l’Afrique ne se construira pas pour les filles, mais avec elles.