À l’occasion du 08 mars 2026 — Journée Internationale des Droits des Femmes

Préface

Cette année, le thème de la Journée Internationale des Droits des Femmes, « Droits. Justice. Action. Pour TOUTES les femmes et les filles », résonne comme un appel urgent. Un appel qui fait écho aux réalités que des millions de femmes et de filles affrontent chaque jour, des obstacles profonds qui mettent en péril leur épanouissement et leur progression personnelle et sociale.

Et pourtant, sur le terrain, elles résistent, et transforment non seulement leurs vies, mais aussi celles de leurs communautés.

À travers l’initiative Voix EssentiELLES, nous accompagnons 76 organisations communautaires de base dans six pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Togo,  République Démocratique du Congo et Sénégal) afin que les femmes et les filles aient voix au chapitre dans les décisions qui concernent leur santé, leur sécurité et leur avenir.

Les cinq histoires qui suivent ne sont pas des exceptions. Elles  illustrent ce qui devient possible lorsque des femmes sont accompagnées, soutenues et reconnues comme actrices du changement. Elles parlent de droits revendiqués, de justice obtenue et d’actions menées là où parfois le contexte rendait la victoire impossible.

Ce 08 mars, nous partageons les exploits de 5 de nos organisations. Parce que leurs voix sont essentielles.

Bénin — Fondation Reine Adjignon Natabou : les femmes se liguent contre le paludisme

Dans le département du Couffo au Bénin, où l’incidence du paludisme a dépassé 57 % en 2025, la Fondation Reine Adjignon Natabou (FRAN) a porté un plaidoyer ambitieux pour accélérer l’élimination du paludisme d’ici 2030.

Alors que la maladie continue de frapper durement les communautés, les femmes et les filles comptent parmi les plus exposées. Pourtant, elles restent trop souvent absentes des espaces où se prennent les décisions : écartées des stratégies, invisibles dans l’élaboration des réponses.

Pour ancrer le changement dans les réalités locales et mieux répondre aux besoins des communautés, la FRAN a mobilisé des femmes leaders religieuses, traditionnelles et communautaires. Ensemble, elles ont porté la voix des ménages les plus vulnérables auprès des décideurs et joué un rôle clé à chaque étape du processus.

Main dans la main, elles ont organisé des consultations communautaires dans les communes de Klouékanmè, Toviklin et Lalo, mené une caravane de sensibilisation ayant touché plus de 1 000 personnes, et co-élaboré des plans d’action 2026 intégrant des mesures sensibles au genre. 

Cette mobilisation a abouti à un résultat historique : la signature d’une charte d’engagement par le Préfet du Couffo et les maires des communes, reconnaissant la nécessité d’allouer des ressources budgétaires dédiées à la lutte contre le paludisme.

Cette avancée démontre une réalité essentielle : lorsque le leadership des femmes est reconnu, organisé et soutenu, les politiques de santé changent. Les femmes ne sont plus de simples bénéficiaires des programmes — elles deviennent des actrices et des architectes des décisions qui façonnent leur avenir.

Côte d’Ivoire — Marie-France Kouakou : un leadership qui influence

En Côte d’Ivoire, les violences basées sur le genre restent trop souvent enfouies dans le silence. Marie-France Kouakou a choisi de les rendre visibles par l’image, par la parole, par l’action.

Spécialiste en communication et experte en genre et développement, elle fonde l’ONG Overcome Women avec une conviction : changer les mentalités pour que plus aucune femme ne soit victime de violence. Sous sa direction, l’organisation développe des programmes communautaires innovants, organise des caravanes de sensibilisation mobilisant des milliers de personnes à travers le pays, et produit des films qui donnent un visage humain à des réalités souvent tues. Parmi eux, Silence Mortel, un thriller bouleversant sur les violences conjugales et sexuelles, projeté lors de notre évènement à Dakar en partenariat avec notre partenaire Canal+ dans le cadre des 16 Jours d’Activisme.

Marie-France Kouakou ne s’arrête pas au terrain. Son engagement lui a ouvert les portes des plus hautes instances : consultante auprès de la Banque Mondiale et de la chaire UNESCO Eau, Femmes et Pouvoirs de décision, nommée en février 2025 Country Chair du G100, le réseau des femmes les plus influentes au monde, elle rejoint en 2026 le ministère ivoirien de la Femme, de la Famille et de l’Enfant en tant que Directrice de l’Autonomisation Économique de la Femme.

De la société civile aux sphères décisionnelles, Marie-France Kouakou incarne ce que Voix EssentiELLES porte au cœur de sa mission : des femmes organisées, dont le leadership dont le leadership transforme les politiques, les pratiques et les perspectives au service des communautés.

Marie-France Kouakou (à gauche) et Madame Nasseneba Touré (à droite), ministre de Femme, de la Famille et de l’Enfant.

Burkina Faso — ASEFV : quand une commune entière se lève pour ses femmes

À Saaba, commune rurale aux portes de Ouagadougou, les violences contre les femmes et les enfants s’inscrivaient dans le quotidien comme une fatalité. Dans une population majoritairement analphabète, les femmes ignoraient leurs droits, dépendaient financièrement de leurs conjoints, et vivaient souvent dans l’isolement. Trente d’entre elles avaient été identifiées par l’Association Soutien aux Enfants et Femmes Vulnérables (ASEFV) comme survivantes de violences basées sur le genre, sans filet, sans recours, sans perspective.

ASEFV a fait le choix d’une réponse globale : ne pas seulement accompagner les victimes, mais transformer les dynamiques de toute la commune. Son siège est devenu un centre d’accueil pour les femmes et les enfants en détresse. Des cercles d’écoute ont été ouverts pour que les femmes puissent parler, être entendues, se reconstruire. Des sessions de renforcement de capacités ont été organisées pour les hommes de la localité. Et lorsque des alertes remontent d’autres associations locales, ASEFV se mobilise en réseau pour trouver des solutions collectives.

Mais l’organisation est allée plus loin encore : consciente que la dépendance économique est l’un des principaux vecteurs de violence, elle a organisé des formations pour renforcer les femmes sur leurs droits et les initier à l’entrepreneuriat. Trois mois après les formations, la majorité des participantes avaient lancé leurs propres activités génératrices de revenus. Parmi elles, Rihanata Bamogo, 50 ans, témoigne : « Avant la formation, j’avais perdu confiance en moi. Aujourd’hui, avec mon petit commerce de Kokodonda, je gagne ma vie dignement et je prends soin de ma famille. Je retrouve une place utile et respectée au sein de ma communauté. » Rihanata est aujourd’hui sollicitée pour partager son expérience lors de causeries sur les droits des femmes  et organise elle-même des formations au profit d’autres femmes.

Ce que l’ASEFV a construit à Saaba, c’est une chaîne de solidarité : des associations qui s’entraident, des hommes qui s’éduquent, des femmes qui se relèvent et qui, à leur tour, tendent la main.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est img-4084-1024x768.jpg.
L’équipe Voix EssentiELLES et les membres et bénéficiaires de l’ASFEV.

Togo — REFED : quand le plaidoyer change les règles du jeu

Dans la région des Savanes, au nord du Togo, les femmes étaient longtemps restées aux marges des décisions qui façonnaient pourtant leur quotidien. Les conseils communaux, les budgets locaux, les plans de développement, tout se décidait sans elles. Les normes patriarcales, les résistances des chefs coutumiers et le manque de confiance des femmes elles-mêmes entretenaient cette exclusion.

Face à ce constat, le Réseau des Femmes et du Développement (REFED), organisation membre de Voix EssentiELLES, a engagé un plaidoyer méthodique et patient : tournées auprès du gouverneur, des préfets, des maires et des 18 chefs cantons de la préfecture de Tône, ateliers de renforcement du leadership, campagnes radio, dialogues communautaires mixtes. Une stratégie sur tous les fronts, un travail d’endurance afin de bousculer les “normes” et enfin permettre aux femmes d’influencer les décisions qui les concernent.

Les résultats sont aujourd’hui concrets et historiques.

Mme TIAME Namgore, 53 ans, siège désormais comme conseillère municipale de la commune de Tône 4. Je pensais que ces responsabilités étaient réservées aux hommes. Grâce aux formations et au plaidoyer, j’ai compris que ma voix comptait. »

Mme DOUTI GOURYAMA Yendoukoi, 45 ans, a été élue Adjointe au Maire de Tandjouéré 1 en juillet 2025, une première historique pour la commune. « Je suis la preuve que lorsque les femmes sont formées et soutenues, elles peuvent transformer leur communauté. »

Mme N’GAME Tchandame, 56 ans, est devenue la première femme maire de la commune Oti-Sud 1, dans une localité où, selon ses propres mots, « les femmes étaient faites pour faire les enfants et rester à la maison. »

Trois femmes. Trois communes. Un même mouvement : celui d’une organisation qui, grâce à l’accompagnement de Voix EssentiELLES, a pu transformer le plaidoyer en pouvoir réel.

Mme N’GAME Tchandame, première femme maire de la commune Oti-Sud 1

Sénégal — AMFE : Ramatoulaye Dia, d’un mariage imposé à une voix qui libère

Ramatoulaye Dia a vu son avenir se dérober sous ses yeux lorsqu’on a décidé à sa place. Comme beaucoup de jeunes filles dans sa communauté peule de Ouro Mollo, dans la région de Matam au Sénégal, elle a été mariée précocement. Son chemin était alors tracé, selon les attentes culturelles de sa région, s’occuper de son foyer devenait sa seule priorité au détriment de ses études.

L’histoire de Ramatoulaye va changer lorsqu’elle intègre une association de jeunes filles chez elle à Matam. Là bas, elle apprend ses droits, elle regagne confiance en elle et trouve la force de prendre les décisions pour son bien-être. Cette association, c’est AMFE Sénégal (Association pour le Maintien des Filles à l’École), une organisation bénéficiaire de Voix EssentiELLES. Un peu plus d’un an après son intégration, elle quittait son mariage. Pas par rupture avec sa communauté, mais pour se retrouver elle-même.

Elle continue ses études, obtient son baccalauréat et poursuit aujourd’hui son parcours universitaire en Géographie, option climatologie. La réécriture de son histoire l’a amené à tendre la main à d’autres filles de sa communauté, qui elles aussi, sont privées de leurs droits.

Aujourd’hui, Ramatoulaye sensibilise dans les écoles, anime des dialogues communautaires intergénérationnels, porte des plaidoyers pour la scolarisation des filles dans les instances locales. À Ouro Mollo, elle réunit autour d’une même table le chef de village, l’imam, les notables et les leaders religieux pour aborder ouvertement la question des mutilations génitales féminines et du mariage précoce.

Ce que Voix EssentiELLES a accompagné ici, ce n’est pas seulement le parcours d’une femme. C’est la transformation d’une bénéficiaire en leader capable d’influencer sa famille, ses pairs, et les gardiens du pouvoir social et moral de sa communauté.

Ramatoulaye (3e personne en partant de la droite) aux côtés d’autres membres de l’AMFE.

Nos voix sont essentielles

Droits. Justice. Action. Ce ne sont pas que des mots.  Ils prennent vie dans les trajectoires de Ramatoulaye, de Marie-France, d’Hortense, de N’Game, de Tiame, de Douti, et de milliers d’autres femmes et filles que nos organisations accompagnent chaque jour.

Dans un contexte où les financements reculent et où les droits sont remis en question, ces histoires rappellent une vérité essentielle, que le changement est possible. Et souvent, il commence par une femme qui décide de prendre sa place, une femme qui élève sa voix, entraines les autres avec elle ouvre la voie à un avenir plus juste pour toutes.

Kinshasa, RDC

Ce samedi 07 mars 2026, à la veille de la Journée Internationale des Droits des Femmes, Speak Up Africa a officiellement lancé le Programme de Mentorat de l’initiative Voix EssentiELLES | Leadership des femmes contre le paludisme à Kinshasa, en République Démocratique du Congo.

Cet événement a réuni des autorités sanitaires et politiques, des partenaires techniques et financiers, des organisations de la société civile, les mentors ainsi que les mentorées du programme issues de la RDC, du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire.

Un contexte qui appelle à l’action

La République Démocratique du Congo porte près de 12,6 % du fardeau mondial du paludisme. En 2022, le pays a enregistré plus de 27 millions de cas et près de 25 000 décès, faisant du paludisme la première cause de mortalité. Les femmes, particulièrement vulnérables, demeurent trop souvent exclues des espaces décisionnels : seules 37 % des femmes mariées participent activement aux décisions concernant leur santé.

Un programme pour changer les règles du jeu

Conçu dans le cadre du projet Voix EssentiELLES | Leadership des femmes contre le paludisme avec l’appui du Fonds Mondial, ce programme de mentorat vise à renforcer les capacités de leadership de 16 femmes issues d’organisations de la société civile en RDC, au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire, pour accroître leur participation dans les instances de gouvernance sanitaire et communautaire.

La cérémonie de lancement a été marquée par des discours de haut niveau, notamment celui de l’Honorable Député National Dieudonné Mposhi, Président de la Commission Paludisme à l’Assemblée Nationale de la RDC qui a rappelé que le paludisme était la première cause de mortalité en RDC et qu’il était important de soutenir la participation et l’inclusion des femmes dans la gouvernance sanitaire.

« Ce programme de mentorat est une réponse concrète. Lorsque les femmes sont impliquées, les communautés sont mieux mobilisées et les résultats plus durables. » Honorable Dieudonné Mposhi

La journée s’est poursuivie par un panel inspirant sous le thème « L’impact du leadership féminin dans divers secteurs », réunissant des femmes leaders de renom : Clarisse Mbo Modiri, Cheffe de Service au PNLP, Euphrasie Kayembe, journaliste et experte en communication, Caroline Norah Pindi, Présidente de l’Association des Femmes Architectes du Congo, et l’Honorable Christelle Vuanga, Députée Nationale.

Fortes de la diversité de leurs contextes d’action, elles ont apporté des contributions concrètes qui témoignent de l’impact réel du leadership féminin à plusieurs échelles.

« Quand une femme prend sa place dans la gouvernance sanitaire, ce n’est pas seulement elle qui avance, c’est toute une communauté qu’elle protège. En 26 ans au service de la lutte contre le paludisme, j’ai appris que le leadership féminin ne se déclare pas, il se prouve, terrain par terrain. » Clarisse MBO MODIRI

Une première session de mentorat conduite par la mentor Euphrasie Kayembe a également été organisée durant l’après-midi à l’intention des mentorées. Elles ont été renforcées sur la thématique « Communiquer avec impact : la prise de parole en public ».

À propos de Voix EssentiELLES | Leadership des femmes contre le paludisme

Voix EssentiELLES | Leadership des femmes contre le paludisme est une initiative mise en œuvre par Speak Up Africa avec l’appui du Fonds Mondial, dans trois pays : la RDC, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire. Elle vise à renforcer le leadership des femmes et des filles au cœur de la lutte contre le paludisme en Afrique francophone, en facilitant l’accès aux ressources pour les organisations communautaires et en soutenant leur capacité à influencer les politiques et programmes nationaux de santé.

Ouagadougou, les organisations féminines, les autorités sanitaires et les partenaires techniques se sont réunis lors d’un forum multisectoriel organisé dans le cadre de l’initiative Voix EssentiELLES | Leadership des femmes contre le paludisme. Objectif : institutionnaliser le genre dans les politiques nationales de lutte contre le paludisme et positionner le leadership féminin comme levier clé d’élimination au Burkina Faso.

Ouagadougou, 17 février 2026 – Dans un pays où le paludisme demeure la première cause de consultation et d’hospitalisation, l’élimination ne pourra être atteinte sans une mobilisation structurée des femmes, qui constituent une cible clé du paludisme, ainsi que des enfants de moins de 5 ans. C’est dans cette dynamique que s’est tenu le forum multisectoriel « Femmes & Paludisme : transformer le leadership féminin en force d’élimination du paludisme », organisé dans le cadre de l’initiative Voix EssentiELLES | Leadership des femmes contre le paludisme, portée par Speak Up Africa et financée par le Fonds Mondial.

Un défi sanitaire majeur au Burkina Faso

Selon l’annuaire statistique 2024 du Ministère de la Santé, le paludisme représente : 

Ces chiffres rappellent l’urgence d’une réponse coordonnée, inclusive et durable.

Les femmes, en première ligne au sein des ménages et des communautés, assurent la prévention, la promotion de l’utilisation correcte des moustiquaires, l’accompagnement aux soins et le suivi des traitements des membres de la famille. Pourtant, leur rôle stratégique reste encore insuffisamment intégré dans les processus décisionnels et budgétaires.

Un forum pour passer de l’engagement à l’institutionnalisation

Réunissant le SP-Palu, des ministères sectoriels, des partenaires techniques et financiers, des leaders communautaires et des organisations de la société civile, le forum a constitué un cadre structurant de dialogue et d’engagement. Dans la lutte contre le paludisme, les femmes sont à la fois cibles prioritaires et actrices incontournables. À ce titre, elles doivent occuper une place pleine et entière dans les espaces de décision stratégique, en tant qu’influenceuses communautaires, gardiennes de la prévention et relais de confiance. 

Ce changement, porté par les femmes issues des communautés, repose sur trois conditions essentielles :

Ce forum, porté dans le cadre de l’initiative Voix EssentiELLES | Leadership des femmes contre le paludisme, a mis en exergue l’importance de l‘action communautaire dans la gouvernance sanitaire. Parce que le changement durable découle de la connexion et de l’alignement entre les politiques, le dialogue avec les communautés, dans une perspective de co-construction de stratégies adaptées.  

Comme l’a affirmé Irène Zoungrana, Présidente de l’Association Vision Nouvelle :

« Pour vaincre le paludisme au Burkina Faso, il faut impliquer les femmes dans la lutte. »

Institutionnaliser le leadership féminin : une priorité stratégique

Au cœur des échanges : comment faire du leadership féminin un levier institutionnel durable ?

Ce forum a permis d’identifier trois axes prioritaires :

La validation d’une feuille de route assortie d’un mécanisme de suivi marque une avancée significative vers une contribution structurée et mesurable des organisations féminines à l’ambition nationale d’élimination 

Pour Roukiattou Ouédraogo, Conseillère régionale plaidoyer à Speak Up Africa :

« Donner la parole aux femmes, c’est reconnaître leur capacité à influencer les politiques publiques, à mobiliser les ressources et à faire le lien entre les réalités communautaires et les décisions nationales. »

Une approche multisectorielle pour accélérer vers 2030

L’élimination du paludisme ne relève pas uniquement du secteur sanitaire. Elle implique les institutions en charge du genre, les collectivités territoriales, les leaders religieux et coutumiers, les médias et le secteur privé.

Le représentant du SP-Palu, Dr Sidzabda Kompaoré, a salué cette mobilisation en soulignant :

« Ce forum constitue une opportunité majeure pour renforcer la coordination et accélérer les actions en vue de l’élimination du paludisme. »

Dans un contexte de transformation numérique, la mobilisation communautaire et la communication digitale sont également apparues comme des leviers stratégiques pour amplifier l’impact.

Appel à l’action

Les organisations communautaires (Association Vision Nouvelle, ONIDS, Association KAMY) sous le leadership du Réseau des Voix EssentiElles du Burkina Faso, appellent l’ensemble des acteurs, institutions publiques, partenaires techniques et financiers, organisations communautaires et leaders d’opinion  à :

L’élimination du paludisme d’ici 2030 est possible.
Elle passera par une mobilisation multisectorielle forte, coordonnée et inclusive.

Et au cœur de cette mobilisation : les femmes.

Par Farida Tiemtoré, Fondatrice des Héroïnes du Faso, Voix EssentiELLES du Burkina Faso et Membre du conseil des Jeunes du Fonds mondial

Sport, santé et leadership communautaire ont fait front commun à Rabat le 17 janvier 2026 dans le cadre de Speak Up Africa in Action. Cette rencontre a réuni des champions mondiaux du football, des décideurs, des leaders en santé, mais aussi les communautés. J’y étais en tant que femme leader communautaire, Voix EssentiELLES mais aussi championne engagée de #SpeakUpAfricaInAction, avec une mission claire : porter la voix de celles qui agissent chaque jour sur le terrain, souvent sans être vues ni reconnues.

Un panel au croisement du sport, de la santé et des communautés

J’ai eu l’honneur d’intervenir sur un panel aux côtés de personnalités engagées comme le Dr Michael A. Charles, CEO du RBM Partnership to End Malaria, Fatma Samoura, ancienne Secrétaire générale de la FIFA, et Monsieur Mohamed Amine Zariat, président et fondateur de Tibu Africa. Cette diversité de profils illustrait parfaitement l’esprit de Speak Up Africa In Action : mettre autour de la même table le sport, la santé, les décideurs et les communautés pour avancer ensemble.

Lors de ce panel, j’ai rappelé une réalité que nous connaissons bien sur le terrain. Dans nos quartiers et nos villages, ce sont les femmes qui éduquent, soignent, mobilisent et protègent les familles. Pourtant, lorsque les organisations dirigées par des femmes et ancrées dans les communautés ne sont pas reconnues comme de véritables partenaires, les solutions proposées restent souvent déconnectées du terrain.

La confiance des communautés s’affaiblit. Notamment sur des sujets sensibles comme la vaccination ou la prévention du paludisme. Les femmes et les enfants restent mal atteints. Les programmes existent, mais leur impact demeure fragile, car ils ne sont pas suffisamment portés de l’intérieur.

À l’inverse, lorsque ces organisations sont reconnues comme de vraies Voix EssentiELLES, tout change. Les actions deviennent plus adaptées. La confiance s’installe, car les messages viennent de femmes connues et respectées. Les populations ne sont plus seulement bénéficiaires : elles deviennent actrices du changement.

Depuis 2022, je suis fière d’être un produit de l’initiative Voix EssentiELLES, qui m’a donné l’espace, la légitimité et la force de porter cette voix plus loin.

La condition pour réussir ensemble

Lorsque l’on m’a demandé quelle était, selon moi, la condition principale pour réussir ensemble, ma réponse a été claire : la reconnaissance et l’investissement dans les Voix EssentiELLES. Ce que nous demandons, en tant que femmes leaders communautaires, ce n’est pas seulement d’être invitées à la table. C’est d’être reconnues comme de véritables partenaires.

Comme dans le sport, on ne gagne jamais avec un seul joueur. Chaque voix compte, et c’est ensemble que l’on peut aller jusqu’au bout. C’est précisément ce que montre Speak Up Africa In Action : une plateforme où les voix communautaires sont visibles et entendues. Ici, on ne parle pas à la place des communautés on parle avec elles.

En s’appuyant sur la force du sport et l’engagement de champions, cette initiative démontre que les promesses peuvent devenir des actions concrètes, notamment dans la lutte contre le paludisme et pour la santé des communautés.

Je repars de Rabat avec une conviction encore plus forte : donner aux femmes  les moyens d’agir, c’est investir dans un leadership durable, fondé sur l’expérience, la légitimité et la capacité de transformation au sein des communautés.

Sans elles, il n’y a ni confiance, ni impact durable.
Avec elles, le dernier kilomètre devient enfin atteignable.

Par Dr Christian Rusangwa, Directeur de l’Assistance Technique à Muso & Josiane Adja N’Koh Kouame, Présidente de l’ONG GNOUWIETA

Mettre fin au VIH n’est plus un défi scientifique. C’est un choix moral et le monde dispose de cinq années pour le faire.

Nous parlons souvent de la fin du VIH/ Sida comme d’un objectif technique. Mais pour nous, en tant qu’un scientifique africain et une défenseure communautaire la question est profondément humaine. Derrière chaque statistique se cache une vie qui aurait pu être sauvée, une famille qui aurait pu rester soudée, un avenir qui aurait pu être préservé. Les outils existent. La science est prête. Ce qui manque, c’est le courage d’affronter les inégalités qui maintiennent l’épidémie en vie.

Un futur qui pourrait devenir réalité

Imaginez un monde où aucun bébé ne naît avec le VIH, où aucune adolescente ne perd son avenir à cause d’une infection évitable, où les personnes vivant avec le VIH ne sont ni craintes ni jugées. Ce monde est entièrement à portée de main.

Mais pour l’atteindre, nous devons cesser de considérer l’équité comme optionnelle. L’histoire ne retiendra à quel point nos technologies étaient avancées. Elle retiendra si nous avons choisi de les rendre accessibles à tous.

L’inégalité détermine encore qui vit et qui meurt

Si certains croient encore que le VIH est « sous contrôle », il leur suffit de regarder qui reste le plus touché.

En Afrique subsaharienne, vivent deux tiers des personnes vivant avec le VIH, et les adolescentes et jeunes femmes représentent plus de 60 % des nouvelles infections. En Europe de l’Est et en Asie centrale, les nouvelles infections augmentent, non pas pour des raisons biologiques, mais à cause de lois punitives et de la criminalisation des personnes utilisatrices de drogues. Même les pays riches échouent à protéger les communautés noires, migrantes, LGBTQI+ et racisées.Ces disparités ne sont pas accidentelles. Elles résultent de choix politiques, de normes sociales et d’un sous-financement des acteurs qui connaissent le mieux leurs communautés.

C’est pourquoi nous insistons : les scientifiques africains et la société civile doivent être au cœur de la prise de décision.

Nous connaissons les réalités. Nous connaissons les obstacles. Et nous savons ce qui fonctionne. Pourtant, nous restons insuffisamment financés et marginalisés dans les espaces politiques mondiaux.

Nous avons accompli l’impossible mais les progrès restent fragiles

Reconnaissons le chemin parcouru. Au plus fort de l’épidémie, l’accès au traitement était un privilège réservé à quelques-uns. Aujourd’hui, plus de 30 millions de personnes reçoivent un traitement antirétroviral. Les décès liés au sida ont diminué de 70 %.

Les nouveaux outils de prévention autotest, PrEP injectable, traitements à longue durée redéfinissent l’autonomie et le choix.

Mais face au recul de l’attention politique et à la stagnation des financements, ces avancées durement acquises sont désormais menacées. En 2023 seulement, 1,3 million de personnes ont été nouvellement infectées et 630 000 sont mortes de causes liées au sida. Pendant ce temps, les financements mondiaux diminuent, et les inégalités observées pendant la COVID-19 réapparaissent. Le Sud global a attendu les vaccins. Il risque désormais d’attendre les innovations contre le VIH.

Le dernier kilomètre dépend du courage pas de la technologie

Mettre fin au VIH exige plus que des outils nouveaux. Cela exige de mettre fin aux injustices qui rendent certains plus vulnérables que d’autres.

Nous avons besoin de gouvernements prêts à abroger les lois discriminatoires qui poussent les populations à se cacher et vivre dans la clandestinité. Nous avons besoin de sociétés prêtes à combattre la stigmatisation qui empêche encore tant de personnes de chercher et demander des soins. Nous avons besoin de dirigeant·e·s prêts à financer la prévention avec sérieux.

Ces échecs ne sont pas inévitables. Ils sont tolérés et donc transformables.

L’Afrique montre la voie, mais ne peut pas agir seule

La Conférence Internationale sur le Sida et les IST en Afrique (ICASA) montre comment les chercheurs, praticiens et leaders communautaires africains façonnent des solutions adaptées à nos réalités. Mais la solidarité internationale faiblit, et la lassitude des bailleurs est réelle.

C’est pourquoi nous soutenons que la fin du VIH dépendra de trois changements fondamentaux :

1. Un financement domestique renforcé.

Les pays les plus touchés ne peuvent dépendre indéfiniment d’aides externes incertaines. La durabilité exige un investissement local.

2. L’activation de partenariats locaux, notamment avec le secteur privé.

Les entreprises bénéficient d’une population en bonne santé. Elles doivent être incitées à soutenir l’innovation et l’accès à la prévention et au traitement.

3. Une redevabilité accrue des institutions multilatérales, et une centralité du leadership des pays à forte charge.

Aucune réponse mondiale efficace n’est possible sans transfert de pouvoir vers celles et ceux qui sont le plus concernés.

Un appel à l’action

Nous sommes à la croisée des chemins. Mettre fin au VIH n’est plus une question de nouvelles avancées scientifiques, mais de la volonté d’abolir des injustices anciennes.

La question est simple :Avons-nous le courage de choisir l’équité ? Si oui, la génération qui a vu naître l’épidémie pourrait aussi voir sa fin. Sinon, l’Histoire ne nous jugera pas sur ce que nous savions, mais sur ce que nous avons refusé de changer.

La fin du VIH est possible. Son destin dépendra de notre volonté politique et de notre croyance collective que chaque vie, partout, a une valeur égale.

À propos des auteurs


Dr Christian Rusangwa est un Champion de l’initiative les Voix Africaines de la Science et Directeur de l’Assistance Technique à Muso, où il dirige l’expansion d’initiatives de santé communautaire. Son travail met en lumière l’importance des stratégies fondées sur des preuves et du soutien technique pour étendre des réponses communautaires à grande échelle.


Madame Josiane Adja N’Koh Kouame est Membre fondatrice de l’ONG GNOUWIETA, elle y a occupé plusieurs postes de direction et contribue activement à la défense des droits humains et du bien-être social. Depuis 2024, elle est Vice-présidente du Réseau Agir pour la Promotion de la Santé et des Droits Sexuels et Reproductifs inclusifs (AP-SDRi) et Commissaire aux comptes du Réseau Voix Essentielles Côte d’Ivoire.Elle milite pour une gouvernance sanitaire centrée sur la société civile, et défend l’inclusion comme levier pour combattre les inégalités structurelles et impulser des changements durables.

À propos de Voix Essentielles

Lancée en juillet 2021 en marge du Forum Génération Égalité, avec le soutien financier de la Fondation CHANEL et du Fonds Mondial de Lutte contre le Sida, la Tuberculose et le Paludisme, Voix EssentiELLES vise à renforcer la participation significative des femmes et des filles dans toute leur diversité aux espaces décisionnels influençant les politiques et programmes de santé. Mis en œuvre par Speak Up Africa, le programme soutient des organisations communautaires de femmes au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Sénégal à travers un fonds dédié et un accompagnement en leadership et renforcement des capacités.

À propos de l’Initiative les Voix Africaines de la Science (AVoS)

AVoS est une initiative panafricaine menée par Speak Up Africa pour renforcer la voix et le leadership du continent dans la recherche, le développement et l’innovation en santé. Créé en 2020, AVoS réunit des scientifiques, chercheurs et acteurs politiques africains afin de porter des perspectives africaines dans les décisions mondiales, soutenir l’investissement et promouvoir des solutions de santé conçues par l’Afrique et pour l’Afrique. En valorisant l’expertise du continent, AVoS vise à améliorer les résultats de santé, renforcer la sécurité sanitaire et libérer le potentiel économique de l’Afrique dans le domaine de la santé.

Le 11 octobre, la Journée internationale de la jeune fille nous rappelle chaque année que les promesses faites aux filles restent souvent suspendues entre ambition et réalité. Dans un monde où les politiques d’égalité foisonnent mais peinent à transformer la vie quotidienne, deux organisations soutenues par l’initiative Voix EssentiELLEs, le Réseau des Jeunes pour la Promotion de l’Abandon des Mutilations Génitales Féminines et des Mariages d’Enfants (RJPA-MGF-ME) au Sénégal et le Groupe de Jeunes Filles et Femmes Autonomes (GJFA-ONG) au Bénin offrent un contre-récit inspirant : celui d’une prise en main locale, menée par les filles, pour les filles.

Quand les filles cessent d’être bénéficiaires

À Sédhiou, les constats sont éloquents : une fille est deux fois plus susceptible d’abandonner l’école secondaire qu’un garçon. Derrière ces statistiques se cachent des visages, des histoires, des rêves inachevés. En plus de l’éducation, il y a aussi, des témoignages bouleversants reçus par le Réseau des Jeunes mettant en exergue dans leurs récits des obstacles qu’elles rencontrent surtout en termes d’excision et de mariages précoces. Le Réseau des jeunes est né de cette urgence, de cette volonté de ne plus laisser les filles en marge des décisions qui les concernent.

La problématique principale que le Réseau des Jeunes tente de résoudre est la lutte contre l’excision et les mariages d’enfants qui constitue un bafouement de leurs droits fondamentaux. Ses membres n’ont pas seulement décidé de « sensibiliser » : ils ont choisi de transférer le pouvoir. Les filles sont amenées à devenir des ambassadrices pour la lutte contre les VBGs dans leurs écoles ou communautés. Elles coaniment des ateliers, participent à des campagnes digitales et conçoivent des actions locales dans le cadre de plaidoyers menés par l’organisation.

Les bénéficiaires du Réseau des Jeunes en pleine activité
Les bénéficiaires du Réseau des Jeunes en pleine activité

De la parole à l’influence

Ce renversement d’approche a tout changé. En effet, avec l’implication des jeunes filles, le projet est plus pertinent et ancré dans la réalité. Ainsi, grâce à leurs idées et leurs retours, le Réseau des Jeunes a pu adapter ses activités aux réels besoins de ses cibles. Mais aussi, l’implication des filles a permis une meilleure adhésion et mobilisation; ce qui permet de toucher indirectement des potentielles bénéficiaires.

Le réseau a vu émerger une génération de jeunes femmes plus confiantes, plus vocales, capables de dialoguer avec les autorités locales et d’influencer la mise en place d’espaces d’écoute communautaires pour prévenir le harcèlement. Cette évolution est une réelle transformation du rapport au pouvoir.

Les bénéficiaires du Réseau des Jeunes en pleine activité
Les bénéficiaires du Réseau des Jeunes en pleine activité

À l’époque, elle ignorait carrément les attitudes à adopter en cas de viol et n’avait pas connaissance des structures de référencement. En participant aux activités organisées par le Réseau des Jeunes, elle a pu acquérir de précieuses connaissances sur la prise en charge et le soutien aux survivantes. Aujourd’hui, elle porte sa voix pour prévenir, accompagner et renforcer les jeunes filles de sa communauté. 

Ce basculement individuel, de victime silencieuse à actrice de changement, illustre la puissance des approches ancrées localement et centrées sur les droits humains qui valorisent l’appropriation par les jeunes filles elles-mêmes des défis et la formulation de solutions. Les jeunes filles passent de simples bénéficiaires à actrices du changement et avocates dans la défense de leurs droits. 

L’autonomie comme acte d’influence

De l’autre côté du continent, au Bénin, le Groupe de Jeunes Filles et Femmes Autonomes (GJFA-ONG) démontre que émancipation économique et leadership sont profondément connectés. L’organisation place les jeunes filles au centre de toutes ses actions, non pas comme bénéficiaires, mais comme co-créatrices et actrices de changement communautaire.

Elles participent à la conception des projets, formulent elles-mêmes les priorités d’action et décident des stratégies à adopter sur des enjeux aussi cruciaux que les violences basées sur le genre, la santé sexuelle et reproductive ou la redevabilité locale. Ces espaces participatifs ont transformé la posture de ces filles, désormais capables de dialoguer avec les décideurs.

Cette dynamique s’est traduite par un changement concret : dans les communes de Bopa et Houéyogbé, les plaidoyers menés à l’aide des jeunes filles ont conduit à l’intégration de lignes budgétaires dédiées à la lutte contre les VBG et à la promotion de la santé et des droits des filles. Une avancée majeure qui montre que leur voix ne s’arrête plus aux ateliers de sensibilisation, mais trouve écho dans les politiques publiques locales.

Des jeunes bénéficiaires participant à un atelier d’élaboration de messages de plaidoyers

Des jeunes bénéficiaires participant à un atelier d’élaboration de messages de plaidoyers

L’histoire de Dorcas Megbehou incarne cette évolution. D’abord participante à des activités du GJFA, elle a été accompagnée dans l’entrepreneuriat en maraîchage et élevage en vue du générer du revenu pour poursuivre ses études. Aujourd’hui, elle est entrepreneure autonome, mentor et porte-parole pour d’autres filles de sa commune. Son parcours résume bien la philosophie de l’organisation : la réalisation  de l’autonomie financière comme tremplin pour la prise de parole et la légitimité politique.

Anna Ella Mahoukpo, Présidente du GJFA, à un déjeuner de plaidoyer avec les décideurs communautaires
Anna Ella Mahoukpo, Présidente du GJFA, à un déjeuner de plaidoyer avec les décideurs communautaires

Aujourd’hui, ces jeunes filles ne se contentent plus de réclamer des droits, elles négocient, influencent et redéfinissent les règles du jeu au sein de leurs communautés. Leur présence dans les réunions communales, leurs interventions dans les cadres de concertation VBG/DSSR, ou encore leurs campagnes de plaidoyer local témoignent d’une chose : le leadership féminin n’est plus un concept abstrait, mais une réalité politique, tangible, en construction depuis le terrain.

Des voix locales, un débat global

Ce que montrent ces deux organisations, c’est que les transformations durables ne viennent pas des déclarations globales, mais de la capacité à localiser l’ambition du leadership féminin pour relever les défis de l’amélioration de leur condition. Les débats mondiaux sur l’égalité de genre parlent de participation, de résilience, d’autonomisation économique. Leur application sur le terrain, prend vie quand une fille ose dénoncer un mariage forcé ou quand une autre obtient un microcrédit pour financer son activité.

En intégrant les filles dans la conception, la mise en œuvre et le plaidoyer, ces initiatives illustrent un changement d’échelle : passer d’une approche “pour les filles” à une approche “par les filles”. Ce changement, bien que local, s’inscrit dans une réflexion globale sur la relocalisation du pouvoir dans le développement. Il répond aux appels répétés pour une aide internationale plus féministe, plus ancrée dans les dynamiques communautaires, où les savoirs et priorités locales dictent les solutions.

En célébrant la Journée internationale de la jeune fille, nous ne devons pas seulement rappeler leurs droits, mais écouter leurs voix, comprendre leurs stratégies, et surtout, leur faire une place durable dans la gouvernance du changement. Parce que le futur de l’Afrique ne se construira pas pour les filles, mais avec elles.

Lors de la 6ᵉ édition de l’African Philanthropy Conference, organisée au Caire du 28 au 31 juillet 2025, Yvette Alavo, directrice exécutive de l’ONG Icone 360°, présidente de la Coalition Zéro Palu, conseillère au CCM et bénéficiaire du programme Voix EssentiELLES, est intervenue lors de la session « Financement innovant de la santé : vers un investissement durable dans l’élimination des maladies », animée par Speak Up Africa et The END Fund.

Engagée depuis plus de dix ans dans la lutte contre le paludisme au Bénin, Yvette est revenue sur les défis auxquels font face les organisations de base communautaire, notamment depuis le NFM3, et sur la façon dont le CG7 a permis de mieux identifier les besoins des communautés.

Yvette a insisté sur le rôle stratégique des OSC dans la réponse aux grands problèmes sanitaires, en particulier le paludisme, et sur l’importance d’explorer des solutions innovantes pour un développement inclusif et durable. Elle a défendu :

Elle a également souligné que les progrès sont menacés par des défis multiples :

Face à ces constats, Yvette recommande :

Yvette structure sa vision autour de quatre piliers essentiels :

  1. Approches centrées sur la communauté – impliquer les communautés dès le départ, renforcer les capacités locales, adapter les interventions aux réalités culturelles et tirer parti des ressources locales.
  2. Constitution de coalitions – favoriser les partenariats avec les OSC, le secteur privé et les institutions publiques, et créer des réseaux durables pour partager les ressources et les stratégies.
  3. Des stratégies de plaidoyer sur mesure – combinent la sensibilisation de la communauté, l’engagement direct avec les décideurs politiques, la mobilisation collective, les campagnes dans les médias sociaux et le plaidoyer juridique.
  4. Inclusion et durabilité – veiller à ce que toutes les voix soient entendues, mettre en place un suivi et une évaluation continus, et renforcer les capacités à long terme pour un plaidoyer indépendant.

Pour Yvette, la réussite des initiatives philanthropiques et sanitaires en Afrique reposera sur trois leviers : un financement soutenu et équitable, une gouvernance collaborative et une intégration pleine des communautés dans les stratégies. Elle affirme que les OSC, en partenariat avec les États et les bailleurs, doivent être au cœur de cette transformation.

En conclusion, Yvette défend une vision claire : l’Afrique doit financer ses propres luttes, raconter ses propres histoires et mettre la technologie à son service. Les idées, les énergies et les compétences existent. Ce qu’il faut maintenant, c’est transformer les discours en actes, avec les femmes et les communautés au centre.

Le 28 mai a marqué deux journées majeures, trop souvent ignorées : la Journée mondiale de l’hygiène menstruelle et la Journée internationale d’action pour la santé des femmes.

Deux dates, un même constat : la santé, et plus encore la santé menstruelle, reste un terrain d’injustice criant pour des millions de filles et de femmes à travers le monde, en particulier sur notre continent.

Dans nos régions, le manque d’accès aux ressources nécessaires à une gestion saine de leur hygiène menstruelle a un impact réel sur la sécurité, la dignité et l’autonomie des femmes et des filles. En Afrique subsaharienne, près de 45 % des adolescentes seulement adoptent des pratiques considérées comme sûres en matière d’hygiène menstruelle. Le manque d’infrastructures sanitaires, de produits adaptés ou même d’informations de base reste alarmant : une fille sur dix manque l’école pendant ses règles, selon l’UNESCO. Au Burkina Faso, par exemple, plus de la moitié des femmes et des filles n’ont pas accès à des protections menstruelles modernes, à des toilettes sécurisées ou à un environnement hygiénique pour gérer leurs règles avec dignité.

Briser les tabous, croiser les combats

Adresser la problématique de l’hygiène menstruelle dans nos communautés ne doit pas se limiter aux nécessaires discussions autour de l’accès aux modes de protection sanitaire ou de la simple éducation de base sur les cycles biologiques. D’autres enjeux sont à prendre en compte qui viennent complexifier ces états de fait et demandent des réponses spécifiques selon les populations concernées notamment la question de l’handicap et la précarité économique.

C’est pourquoi, en cette journée symbolique, nous avons choisi de mettre en lumière cinq organisations  Voix EssentiELLEs, qui, à travers des approches complémentaires, croisent les enjeux pour transformer la réalité des femmes.

Sénégal – Hygiène menstruelle & autonomisation économique

Club des jeunes filles de Kolda
Dans cette région du sud du Sénégal, les jeunes filles organisées au sein de clubs se réunissent pour parler de dignité menstruelle et d’insertion professionnelle. À travers des panels communautaires et des ateliers de fabrication de serviettes hygiéniques réutilisables, elles lient l’éducation à l’hygiène durable et l’autonomisation économique, affirmant que la précarité menstruelle ne peut être combattue sans justice économique.

Bénin – Hygiène menstruelle & communication digitale inclusive

Fondation Reine Hangbe
Avec la campagne digitale  “Rouge sans honte”, l’organisation a utilisé les réseaux sociaux pour toucher les jeunes, briser les silences, déconstruire les mythes. Une approche moderne, visuelle, portée par des messages ancrés dans le vécu des femmes.

Côte d’Ivoire – Hygiène menstruelle & mobilisation communautaire et médiatique

Collectif des Activistes de Cote D’Ivoire, Overcome Women et Femme en Action
Dans les villes d’Abidjan et Divo, la “Semaine des règles” donne la parole aux femmes à travers conférences, échanges et plaidoyers. La collaboration avec les médias pour la sensibilisation  sur l’Éducation Sexuelle Complète (ESC) dans les écoles permet aussi la vulgarisation des méthodes de renforcement des connaissances et des attitudes des enfants pour leur développement émotionnel en vue d’impulser des changements de comportement à plus large échelle.

Togo – Hygiène menstruelle & handicap

Association des Femmes et Filles Handicapées Vaillantes – Savanes
À Dapaong, dans la région des savanes, cette organisation a organisé un atelier de sensibilisation et de renforcement de capacités de 50 femmes et filles handicapées. Suite à l’activité, ces femmes ont pu bénéficier de kits hygiéniques. L’OSC mène ainsi un travail essentiel pour rendre visible une double stigmatisation souvent tue : celle du handicap et celle des règles.

Burkina Faso – Hygiène menstruelle & innovation éducative

IES Femmes
À Ouagadougou, l’hygiène menstruelle devient une porte d’entrée vers le numérique et l’autonomie. L’organisation anime des ateliers participatifs pour informer sur les protections disponibles, tout en initiant les femmes aux outils numériques pour une bonne gestion et compréhension des règles, vecteurs d’accès à l’information.

Investir dans la santé des femmes, c’est investir dans la société

À travers ces cinq exemples de leadership communautaire, c’est toute une approche tant activiste que technique qui est mise en action: appuyer les initiatives locales pour fournir des solutions compréhensives et systémiques. Loin des réponses ponctuelles, Voix EssentiELLEs accompagne depuis quatre ans des actions structurelles, ancrées et audacieuses, portées par des femmes pour les femmes.

Parce que les règles ne devraient jamais être un frein.
Parce que la santé des femmes n’est pas une option.
Parce que le changement commence quand on écoute et qu’on soutient celles qui agissent.

Ensemble, construisons un monde qui respecte les règles.

Du 6 au 8 mai 2025, Nairobi a accueilli la conférence « Evidence for Development Conference”, un rendez-vous stratégique réunissant chercheurs, décideurs, acteurs de terrain et leaders communautaires autour d’un objectif commun : faire progresser l’agenda du développement de l’Afrique grâce à des solutions fondées sur les données, et portées par les Africains eux-mêmes.

Dans ce cadre, la session intitulée « How can equity and inclusion accelerate Africa’s progress toward Agenda 2063? » a donné la parole à des figures engagées de la recherche, de la santé et du développement. Parmi elles, Amanda Sawadogo, Secrétaire générale de l’Association de soutien aux enfants et femmes vulnérables au Burkina Faso et membre du réseau Voix EssentiELLES, a livré une intervention puissante au nom des communautés qui, trop souvent, restent en marge des décisions.

Rendre la science accessible, représentative et utile

Amanda a ouvert la discussion en mettant en lumière les déséquilibres persistants qui freinent l’accès équitable à la recherche et à l’innovation. Car si la science a le pouvoir de transformer nos sociétés, encore faut-il qu’elle soit produite et partagée de façon équitable.

Partant du constat que les discussions et décisions sur les secteurs et thématiques de recherches et d’etudes n’incluent pas la plupart du temps les savoirs locaux et les perspectives féminines, Amanda dresse une liste d’actions urgentes devant être prises pour l’intégration des ces expériences communautaires dans la conception des projets de développement.

Pour elle, l’Afrique doit reprendre la maîtrise de sa production scientifique, ce qui passe par :

Ce message s’inscrit pleinement dans les ambitions de l’Agenda 2063, reconnaissant la science, la technologie et l’innovation comme piliers de la transformation socio-économique du continent.

Rééquilibrer les rapports de pouvoir pour une gouvernance inclusive

Au-delà de la recherche, Amanda a mis l’accent sur les obstacles systémiques qui freinent encore l’accès des jeunes, des femmes et des personnes vivant avec un handicap aux espaces de décision. Trop souvent, le leadership reste réservé à une élite répondant à des critères implicites : âge, statut social, validité physique, genre masculin.

À travers son expérience au sein du CCM du Fonds mondial au Burkina Faso et en tant que point focal francophone du Hub Apprentissage « Communauté, Droits et Genre »du Réseau d’Accès aux Médicaments Essentiels (RAME), elle incarne une nouvelle génération de leaders communautaires pour lesquels il ne s’agit plus simplement d’être présent·e autour de la table, mais de peser réellement dans les décisions. En plus de l’instauration de quotas contraignants, il faut aussi un véritable accompagnement des communautés vers ces espaces de gouvernance pour maximiser leur plaidoyer et veiller à une réelle intégration des besoins spécifiques des populations dans la formation de politiques et l’allocation budgétaire

Donner aux communautés les moyens de créer le changement

Enfin, Amanda a insisté sur le fait que les solutions durables émergent des communautés elles-mêmes, à condition qu’elles soient écoutées, financées et impliquées dès le début. Elle a appelé à :

Pour elle, l’initiative Voix Essentielle représente un exemple concret de cette approche : en confiant aux organisations communautaires les moyens de porter des solutions issues du terrain, le programme démontre que l’impact passe d’abord par la confiance, le financement direct et l’écoute active des besoins réels.

L’équité n’est pas un supplément : c’est la condition du progrès

À travers son intervention, Amanda a réaffirmé une conviction forte, partagée par l’ensemble des programmes de Speak Up Africa :

“Pour réaliser pleinement l’Agenda 2063, il est essentiel de faire confiance aux compétences locales, de favoriser des politiques inclusives, et d’amplifier les voix de celles et ceux qui innovent chaque jour au service du continent.”

Loin des discours abstraits, Amanda Sawadogo nous rappelle que l’avenir de l’Afrique se joue dans sa capacité à écouter, équiper et faire confiance à ses communautés.

En 2023, l’Afrique représentait 94% des cas mondiaux de paludisme et 95% des décès liés à la maladie provenaient aussi du continent. Environ deux tiers des cas et des décès liés au paludisme dans le monde sont concentrés dans 11 pays africains où de nombreuses personnes à risque n’ont toujours pas accès aux services requis pour prévenir, détecter et traiter cette maladie. Dans la réduction de la charge de morbidité du paludisme et l’élimination rapide de ce fléau, la lutte contre les inégalités de genre a une place de choix.

Des résultats plus rapides pourront être obtenus en intégrant plus d’activités dans les programmes de lutte en vue d’améliorer le pouvoir de décision, l’éducation et l’autonomisation des femmes. Car, bien qu’elles soient particulièrement vulnérables au paludisme et à ses conséquences, les femmes jouent également un rôle central dans la lutte contre la maladie, en assumant diverses responsabilités, tant dans les soins que dans les actions de sensibilisation au sein de la communauté.

Au sein du projet Voix EssentiELLES, la lutte contre le paludisme occupe une place stratégique. Le fonds catalytique de l’initiative permet la mise en place de plaidoyers efficaces à travers des approches ancrées dans les réalités locales pour bâtir des communautés plus fortes et plus résiliantes.

La Journée mondiale de lutte contre le paludisme constitue un moment clé pour rappeler que la lutte contre cette maladie est loin d’être terminée. Dans la continuité de cet évènement, Voix EssentiELLES souhaite revenir sur les engagements de quatre organisations de sa nouvelle cohorte, au Bénin et au Togo, dont les actions préexistantes sur le paludisme posent les bases d’un plaidoyer à fort potentiel.

Des approches diverses, un engagement commun

Face à des contextes souvent marqués par des croyances traditionnelles, l’automédication ou le manque d’information, les organisations communautaires du Bénin et du Togo ont développé des stratégies riches et adaptées.

Au Bénin, la Fondation Reine Adjignon Natabou ayant pour présidente la Reine de Toviklin lutte contre la stigmatisation et les pratiques déviantes liées au paludisme, mobilisant chefs religieux et traditionnels pour encourager les comportements de prévention. De son côté, Icône 360° a innové en contribuant grâce à des campagnes phares telles que « Zéro piqûre – Zéro palu » et la création de clubs antipaludiques en milieu scolaire, misant sur la jeunesse comme vecteur de changement. Avec Voix Essentielles, un plaidoyer ciblant les autorités publiques, communautaires et religieuses pour l’amélioration de la santé maternelle.

Dans la continuité de cet engagement, la présidente d’Icône 360°, Alavo Sessi Yvette, a représenté les OSC lors de la Journée mondiale au Bénin à travers un stand d’information et de mobilisation, en tant que Présidente de la Coalition nationale des OSC Zéro Palu et Conseillère au CCM/INC du Fonds Mondial. Ce positionnement confirme le rôle de passerelle que ces leaders communautaires peuvent jouer entre les dynamiques locales et les instances de décision nationale et internationale.

Au Togo, Dimension Humaine avec à sa tête Rachel Boyindjo, membre du C4SME (Civil Society for Malaria Elimination) bénéficie de deux décennies d’expérience dans la sensibilisation communautaire qu’elle entend mettre à contribution pour un plaidoyer axé sur la réduction des barrières d’accès pour les agents de santé dans les communautés.

Le paludisme est une réalité qui ravage nos communautés et affecte dramatiquement nos vies quotidiennes. J’encourage les leaders nationaux à multiplier les efforts de mobilisation des ressources domestiques en faveur de la santé et de la lutte contre le paludisme en particulier. Rachel Boyindjo – Dimension Humaine

Le Cercle d’Actions pour le Développement et l’Epanouissement de la Femme et de l’Enfant (CADEFE) présidé par ESSEH Afua Kafui, quant à lui, agit au cœur des communautés rurales de la région des Plateaux, où la prévalence reste élevée, en mettant l’accent sur la sensibilisation de masse et l’accompagnement des femmes et jeunes filles.

Des actions locales aux ambitions de plaidoyer

Usant chacune d’approches diverses, toutes ces organisations partagent une conviction commune : le paludisme est un fléau surmontable à condition d’agir au plus près des populations, en misant sur l’éducation, la mobilisation communautaire et le dialogue avec les autorités locales.

Ces expériences illustrent comment, à partir de leurs particularités locales, ces organisations peuvent porter des messages de plaidoyer forts pour améliorer les politiques de santé publique, influencer les priorités budgétaires locales, et ancrer durablement les pratiques de prévention dans les comportements communautaires.

Accompagner et amplifier la voix des actrices du changement

En valorisant les femmes leaders qui soutiennent cette lutte, Voix EssentiELLES réaffirme son engagement : reconnaître la force des organisations communautaires portées par des femmes, et leur donner les moyens de traduire leurs actions en changements systémiques.

A travers le financement du plaidoyer, le renforcement des capacités et l’ouverture d’espaces d’influence, Voix EssentiELLES accompagnera ces organisations dans l’amplification de leur impact. Car chaque relais communautaire formé, chaque budget local influencé, chaque mythe déconstruit, nous rapproche d’un objectif commun : un avenir où le paludisme ne sera plus une fatalité pour les femmes, les filles et les communautés qu’elles servent.