À l’occasion du 08 mars 2026 — Journée Internationale des Droits des Femmes
Préface
Cette année, le thème de la Journée Internationale des Droits des Femmes, « Droits. Justice. Action. Pour TOUTES les femmes et les filles », résonne comme un appel urgent. Un appel qui fait écho aux réalités que des millions de femmes et de filles affrontent chaque jour, des obstacles profonds qui mettent en péril leur épanouissement et leur progression personnelle et sociale.
Et pourtant, sur le terrain, elles résistent, et transforment non seulement leurs vies, mais aussi celles de leurs communautés.
À travers l’initiative Voix EssentiELLES, nous accompagnons 76 organisations communautaires de base dans six pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Togo, République Démocratique du Congo et Sénégal) afin que les femmes et les filles aient voix au chapitre dans les décisions qui concernent leur santé, leur sécurité et leur avenir.
Les cinq histoires qui suivent ne sont pas des exceptions. Elles illustrent ce qui devient possible lorsque des femmes sont accompagnées, soutenues et reconnues comme actrices du changement. Elles parlent de droits revendiqués, de justice obtenue et d’actions menées là où parfois le contexte rendait la victoire impossible.
Ce 08 mars, nous partageons les exploits de 5 de nos organisations. Parce que leurs voix sont essentielles.
Dans le département du Couffo au Bénin, où l’incidence du paludisme a dépassé 57 % en 2025, la Fondation Reine Adjignon Natabou (FRAN) a porté un plaidoyer ambitieux pour accélérer l’élimination du paludisme d’ici 2030.
Alors que la maladie continue de frapper durement les communautés, les femmes et les filles comptent parmi les plus exposées. Pourtant, elles restent trop souvent absentes des espaces où se prennent les décisions : écartées des stratégies, invisibles dans l’élaboration des réponses.
Pour ancrer le changement dans les réalités locales et mieux répondre aux besoins des communautés, la FRAN a mobilisé des femmes leaders religieuses, traditionnelles et communautaires. Ensemble, elles ont porté la voix des ménages les plus vulnérables auprès des décideurs et joué un rôle clé à chaque étape du processus.
Main dans la main, elles ont organisé des consultations communautaires dans les communes de Klouékanmè, Toviklin et Lalo, mené une caravane de sensibilisation ayant touché plus de 1 000 personnes, et co-élaboré des plans d’action 2026 intégrant des mesures sensibles au genre.
Cette mobilisation a abouti à un résultat historique : la signature d’une charte d’engagement par le Préfet du Couffo et les maires des communes, reconnaissant la nécessité d’allouer des ressources budgétaires dédiées à la lutte contre le paludisme.
Cette avancée démontre une réalité essentielle : lorsque le leadership des femmes est reconnu, organisé et soutenu, les politiques de santé changent. Les femmes ne sont plus de simples bénéficiaires des programmes — elles deviennent des actrices et des architectes des décisions qui façonnent leur avenir.


En Côte d’Ivoire, les violences basées sur le genre restent trop souvent enfouies dans le silence. Marie-France Kouakou a choisi de les rendre visibles par l’image, par la parole, par l’action.
Spécialiste en communication et experte en genre et développement, elle fonde l’ONG Overcome Women avec une conviction : changer les mentalités pour que plus aucune femme ne soit victime de violence. Sous sa direction, l’organisation développe des programmes communautaires innovants, organise des caravanes de sensibilisation mobilisant des milliers de personnes à travers le pays, et produit des films qui donnent un visage humain à des réalités souvent tues. Parmi eux, Silence Mortel, un thriller bouleversant sur les violences conjugales et sexuelles, projeté lors de notre évènement à Dakar en partenariat avec notre partenaire Canal+ dans le cadre des 16 Jours d’Activisme.
Marie-France Kouakou ne s’arrête pas au terrain. Son engagement lui a ouvert les portes des plus hautes instances : consultante auprès de la Banque Mondiale et de la chaire UNESCO Eau, Femmes et Pouvoirs de décision, nommée en février 2025 Country Chair du G100, le réseau des femmes les plus influentes au monde, elle rejoint en 2026 le ministère ivoirien de la Femme, de la Famille et de l’Enfant en tant que Directrice de l’Autonomisation Économique de la Femme.
De la société civile aux sphères décisionnelles, Marie-France Kouakou incarne ce que Voix EssentiELLES porte au cœur de sa mission : des femmes organisées, dont le leadership dont le leadership transforme les politiques, les pratiques et les perspectives au service des communautés.

À Saaba, commune rurale aux portes de Ouagadougou, les violences contre les femmes et les enfants s’inscrivaient dans le quotidien comme une fatalité. Dans une population majoritairement analphabète, les femmes ignoraient leurs droits, dépendaient financièrement de leurs conjoints, et vivaient souvent dans l’isolement. Trente d’entre elles avaient été identifiées par l’Association Soutien aux Enfants et Femmes Vulnérables (ASEFV) comme survivantes de violences basées sur le genre, sans filet, sans recours, sans perspective.
ASEFV a fait le choix d’une réponse globale : ne pas seulement accompagner les victimes, mais transformer les dynamiques de toute la commune. Son siège est devenu un centre d’accueil pour les femmes et les enfants en détresse. Des cercles d’écoute ont été ouverts pour que les femmes puissent parler, être entendues, se reconstruire. Des sessions de renforcement de capacités ont été organisées pour les hommes de la localité. Et lorsque des alertes remontent d’autres associations locales, ASEFV se mobilise en réseau pour trouver des solutions collectives.
Mais l’organisation est allée plus loin encore : consciente que la dépendance économique est l’un des principaux vecteurs de violence, elle a organisé des formations pour renforcer les femmes sur leurs droits et les initier à l’entrepreneuriat. Trois mois après les formations, la majorité des participantes avaient lancé leurs propres activités génératrices de revenus. Parmi elles, Rihanata Bamogo, 50 ans, témoigne : « Avant la formation, j’avais perdu confiance en moi. Aujourd’hui, avec mon petit commerce de Kokodonda, je gagne ma vie dignement et je prends soin de ma famille. Je retrouve une place utile et respectée au sein de ma communauté. » Rihanata est aujourd’hui sollicitée pour partager son expérience lors de causeries sur les droits des femmes et organise elle-même des formations au profit d’autres femmes.
Ce que l’ASEFV a construit à Saaba, c’est une chaîne de solidarité : des associations qui s’entraident, des hommes qui s’éduquent, des femmes qui se relèvent et qui, à leur tour, tendent la main.

Dans la région des Savanes, au nord du Togo, les femmes étaient longtemps restées aux marges des décisions qui façonnaient pourtant leur quotidien. Les conseils communaux, les budgets locaux, les plans de développement, tout se décidait sans elles. Les normes patriarcales, les résistances des chefs coutumiers et le manque de confiance des femmes elles-mêmes entretenaient cette exclusion.
Face à ce constat, le Réseau des Femmes et du Développement (REFED), organisation membre de Voix EssentiELLES, a engagé un plaidoyer méthodique et patient : tournées auprès du gouverneur, des préfets, des maires et des 18 chefs cantons de la préfecture de Tône, ateliers de renforcement du leadership, campagnes radio, dialogues communautaires mixtes. Une stratégie sur tous les fronts, un travail d’endurance afin de bousculer les “normes” et enfin permettre aux femmes d’influencer les décisions qui les concernent.
Les résultats sont aujourd’hui concrets et historiques.
Mme TIAME Namgore, 53 ans, siège désormais comme conseillère municipale de la commune de Tône 4. Je pensais que ces responsabilités étaient réservées aux hommes. Grâce aux formations et au plaidoyer, j’ai compris que ma voix comptait. »
Mme DOUTI GOURYAMA Yendoukoi, 45 ans, a été élue Adjointe au Maire de Tandjouéré 1 en juillet 2025, une première historique pour la commune. « Je suis la preuve que lorsque les femmes sont formées et soutenues, elles peuvent transformer leur communauté. »
Mme N’GAME Tchandame, 56 ans, est devenue la première femme maire de la commune Oti-Sud 1, dans une localité où, selon ses propres mots, « les femmes étaient faites pour faire les enfants et rester à la maison. »
Trois femmes. Trois communes. Un même mouvement : celui d’une organisation qui, grâce à l’accompagnement de Voix EssentiELLES, a pu transformer le plaidoyer en pouvoir réel.

Ramatoulaye Dia a vu son avenir se dérober sous ses yeux lorsqu’on a décidé à sa place. Comme beaucoup de jeunes filles dans sa communauté peule de Ouro Mollo, dans la région de Matam au Sénégal, elle a été mariée précocement. Son chemin était alors tracé, selon les attentes culturelles de sa région, s’occuper de son foyer devenait sa seule priorité au détriment de ses études.
L’histoire de Ramatoulaye va changer lorsqu’elle intègre une association de jeunes filles chez elle à Matam. Là bas, elle apprend ses droits, elle regagne confiance en elle et trouve la force de prendre les décisions pour son bien-être. Cette association, c’est AMFE Sénégal (Association pour le Maintien des Filles à l’École), une organisation bénéficiaire de Voix EssentiELLES. Un peu plus d’un an après son intégration, elle quittait son mariage. Pas par rupture avec sa communauté, mais pour se retrouver elle-même.
Elle continue ses études, obtient son baccalauréat et poursuit aujourd’hui son parcours universitaire en Géographie, option climatologie. La réécriture de son histoire l’a amené à tendre la main à d’autres filles de sa communauté, qui elles aussi, sont privées de leurs droits.
Aujourd’hui, Ramatoulaye sensibilise dans les écoles, anime des dialogues communautaires intergénérationnels, porte des plaidoyers pour la scolarisation des filles dans les instances locales. À Ouro Mollo, elle réunit autour d’une même table le chef de village, l’imam, les notables et les leaders religieux pour aborder ouvertement la question des mutilations génitales féminines et du mariage précoce.
Ce que Voix EssentiELLES a accompagné ici, ce n’est pas seulement le parcours d’une femme. C’est la transformation d’une bénéficiaire en leader capable d’influencer sa famille, ses pairs, et les gardiens du pouvoir social et moral de sa communauté.

Droits. Justice. Action. Ce ne sont pas que des mots. Ils prennent vie dans les trajectoires de Ramatoulaye, de Marie-France, d’Hortense, de N’Game, de Tiame, de Douti, et de milliers d’autres femmes et filles que nos organisations accompagnent chaque jour.
Dans un contexte où les financements reculent et où les droits sont remis en question, ces histoires rappellent une vérité essentielle, que le changement est possible. Et souvent, il commence par une femme qui décide de prendre sa place, une femme qui élève sa voix, entraines les autres avec elle ouvre la voie à un avenir plus juste pour toutes.
Ouagadougou, les organisations féminines, les autorités sanitaires et les partenaires techniques se sont réunis lors d’un forum multisectoriel organisé dans le cadre de l’initiative Voix EssentiELLES | Leadership des femmes contre le paludisme. Objectif : institutionnaliser le genre dans les politiques nationales de lutte contre le paludisme et positionner le leadership féminin comme levier clé d’élimination au Burkina Faso.
Ouagadougou, 17 février 2026 – Dans un pays où le paludisme demeure la première cause de consultation et d’hospitalisation, l’élimination ne pourra être atteinte sans une mobilisation structurée des femmes, qui constituent une cible clé du paludisme, ainsi que des enfants de moins de 5 ans. C’est dans cette dynamique que s’est tenu le forum multisectoriel « Femmes & Paludisme : transformer le leadership féminin en force d’élimination du paludisme », organisé dans le cadre de l’initiative Voix EssentiELLES | Leadership des femmes contre le paludisme, portée par Speak Up Africa et financée par le Fonds Mondial.
Selon l’annuaire statistique 2024 du Ministère de la Santé, le paludisme représente :
Ces chiffres rappellent l’urgence d’une réponse coordonnée, inclusive et durable.
Les femmes, en première ligne au sein des ménages et des communautés, assurent la prévention, la promotion de l’utilisation correcte des moustiquaires, l’accompagnement aux soins et le suivi des traitements des membres de la famille. Pourtant, leur rôle stratégique reste encore insuffisamment intégré dans les processus décisionnels et budgétaires.

Réunissant le SP-Palu, des ministères sectoriels, des partenaires techniques et financiers, des leaders communautaires et des organisations de la société civile, le forum a constitué un cadre structurant de dialogue et d’engagement. Dans la lutte contre le paludisme, les femmes sont à la fois cibles prioritaires et actrices incontournables. À ce titre, elles doivent occuper une place pleine et entière dans les espaces de décision stratégique, en tant qu’influenceuses communautaires, gardiennes de la prévention et relais de confiance.
Ce changement, porté par les femmes issues des communautés, repose sur trois conditions essentielles :
Ce forum, porté dans le cadre de l’initiative Voix EssentiELLES | Leadership des femmes contre le paludisme, a mis en exergue l’importance de l‘action communautaire dans la gouvernance sanitaire. Parce que le changement durable découle de la connexion et de l’alignement entre les politiques, le dialogue avec les communautés, dans une perspective de co-construction de stratégies adaptées.
Comme l’a affirmé Irène Zoungrana, Présidente de l’Association Vision Nouvelle :
« Pour vaincre le paludisme au Burkina Faso, il faut impliquer les femmes dans la lutte. »
Au cœur des échanges : comment faire du leadership féminin un levier institutionnel durable ?
Ce forum a permis d’identifier trois axes prioritaires :
La validation d’une feuille de route assortie d’un mécanisme de suivi marque une avancée significative vers une contribution structurée et mesurable des organisations féminines à l’ambition nationale d’élimination
Pour Roukiattou Ouédraogo, Conseillère régionale plaidoyer à Speak Up Africa :
« Donner la parole aux femmes, c’est reconnaître leur capacité à influencer les politiques publiques, à mobiliser les ressources et à faire le lien entre les réalités communautaires et les décisions nationales. »

L’élimination du paludisme ne relève pas uniquement du secteur sanitaire. Elle implique les institutions en charge du genre, les collectivités territoriales, les leaders religieux et coutumiers, les médias et le secteur privé.
Le représentant du SP-Palu, Dr Sidzabda Kompaoré, a salué cette mobilisation en soulignant :
« Ce forum constitue une opportunité majeure pour renforcer la coordination et accélérer les actions en vue de l’élimination du paludisme. »
Dans un contexte de transformation numérique, la mobilisation communautaire et la communication digitale sont également apparues comme des leviers stratégiques pour amplifier l’impact.
Les organisations communautaires (Association Vision Nouvelle, ONIDS, Association KAMY) sous le leadership du Réseau des Voix EssentiElles du Burkina Faso, appellent l’ensemble des acteurs, institutions publiques, partenaires techniques et financiers, organisations communautaires et leaders d’opinion à :
L’élimination du paludisme d’ici 2030 est possible.
Elle passera par une mobilisation multisectorielle forte, coordonnée et inclusive.
Et au cœur de cette mobilisation : les femmes.
Par Farida Tiemtoré, Fondatrice des Héroïnes du Faso, Voix EssentiELLES du Burkina Faso et Membre du conseil des Jeunes du Fonds mondial
Sport, santé et leadership communautaire ont fait front commun à Rabat le 17 janvier 2026 dans le cadre de Speak Up Africa in Action. Cette rencontre a réuni des champions mondiaux du football, des décideurs, des leaders en santé, mais aussi les communautés. J’y étais en tant que femme leader communautaire, Voix EssentiELLES mais aussi championne engagée de #SpeakUpAfricaInAction, avec une mission claire : porter la voix de celles qui agissent chaque jour sur le terrain, souvent sans être vues ni reconnues.
J’ai eu l’honneur d’intervenir sur un panel aux côtés de personnalités engagées comme le Dr Michael A. Charles, CEO du RBM Partnership to End Malaria, Fatma Samoura, ancienne Secrétaire générale de la FIFA, et Monsieur Mohamed Amine Zariat, président et fondateur de Tibu Africa. Cette diversité de profils illustrait parfaitement l’esprit de Speak Up Africa In Action : mettre autour de la même table le sport, la santé, les décideurs et les communautés pour avancer ensemble.
Lors de ce panel, j’ai rappelé une réalité que nous connaissons bien sur le terrain. Dans nos quartiers et nos villages, ce sont les femmes qui éduquent, soignent, mobilisent et protègent les familles. Pourtant, lorsque les organisations dirigées par des femmes et ancrées dans les communautés ne sont pas reconnues comme de véritables partenaires, les solutions proposées restent souvent déconnectées du terrain.
La confiance des communautés s’affaiblit. Notamment sur des sujets sensibles comme la vaccination ou la prévention du paludisme. Les femmes et les enfants restent mal atteints. Les programmes existent, mais leur impact demeure fragile, car ils ne sont pas suffisamment portés de l’intérieur.
À l’inverse, lorsque ces organisations sont reconnues comme de vraies Voix EssentiELLES, tout change. Les actions deviennent plus adaptées. La confiance s’installe, car les messages viennent de femmes connues et respectées. Les populations ne sont plus seulement bénéficiaires : elles deviennent actrices du changement.
Depuis 2022, je suis fière d’être un produit de l’initiative Voix EssentiELLES, qui m’a donné l’espace, la légitimité et la force de porter cette voix plus loin.

Lorsque l’on m’a demandé quelle était, selon moi, la condition principale pour réussir ensemble, ma réponse a été claire : la reconnaissance et l’investissement dans les Voix EssentiELLES. Ce que nous demandons, en tant que femmes leaders communautaires, ce n’est pas seulement d’être invitées à la table. C’est d’être reconnues comme de véritables partenaires.
Comme dans le sport, on ne gagne jamais avec un seul joueur. Chaque voix compte, et c’est ensemble que l’on peut aller jusqu’au bout. C’est précisément ce que montre Speak Up Africa In Action : une plateforme où les voix communautaires sont visibles et entendues. Ici, on ne parle pas à la place des communautés on parle avec elles.
En s’appuyant sur la force du sport et l’engagement de champions, cette initiative démontre que les promesses peuvent devenir des actions concrètes, notamment dans la lutte contre le paludisme et pour la santé des communautés.
Je repars de Rabat avec une conviction encore plus forte : donner aux femmes les moyens d’agir, c’est investir dans un leadership durable, fondé sur l’expérience, la légitimité et la capacité de transformation au sein des communautés.
Sans elles, il n’y a ni confiance, ni impact durable.
Avec elles, le dernier kilomètre devient enfin atteignable.
Le 11 octobre, la Journée internationale de la jeune fille nous rappelle chaque année que les promesses faites aux filles restent souvent suspendues entre ambition et réalité. Dans un monde où les politiques d’égalité foisonnent mais peinent à transformer la vie quotidienne, deux organisations soutenues par l’initiative Voix EssentiELLEs, le Réseau des Jeunes pour la Promotion de l’Abandon des Mutilations Génitales Féminines et des Mariages d’Enfants (RJPA-MGF-ME) au Sénégal et le Groupe de Jeunes Filles et Femmes Autonomes (GJFA-ONG) au Bénin offrent un contre-récit inspirant : celui d’une prise en main locale, menée par les filles, pour les filles.
À Sédhiou, les constats sont éloquents : une fille est deux fois plus susceptible d’abandonner l’école secondaire qu’un garçon. Derrière ces statistiques se cachent des visages, des histoires, des rêves inachevés. En plus de l’éducation, il y a aussi, des témoignages bouleversants reçus par le Réseau des Jeunes mettant en exergue dans leurs récits des obstacles qu’elles rencontrent surtout en termes d’excision et de mariages précoces. Le Réseau des jeunes est né de cette urgence, de cette volonté de ne plus laisser les filles en marge des décisions qui les concernent.
La problématique principale que le Réseau des Jeunes tente de résoudre est la lutte contre l’excision et les mariages d’enfants qui constitue un bafouement de leurs droits fondamentaux. Ses membres n’ont pas seulement décidé de « sensibiliser » : ils ont choisi de transférer le pouvoir. Les filles sont amenées à devenir des ambassadrices pour la lutte contre les VBGs dans leurs écoles ou communautés. Elles coaniment des ateliers, participent à des campagnes digitales et conçoivent des actions locales dans le cadre de plaidoyers menés par l’organisation.

Ce renversement d’approche a tout changé. En effet, avec l’implication des jeunes filles, le projet est plus pertinent et ancré dans la réalité. Ainsi, grâce à leurs idées et leurs retours, le Réseau des Jeunes a pu adapter ses activités aux réels besoins de ses cibles. Mais aussi, l’implication des filles a permis une meilleure adhésion et mobilisation; ce qui permet de toucher indirectement des potentielles bénéficiaires.
Le réseau a vu émerger une génération de jeunes femmes plus confiantes, plus vocales, capables de dialoguer avec les autorités locales et d’influencer la mise en place d’espaces d’écoute communautaires pour prévenir le harcèlement. Cette évolution est une réelle transformation du rapport au pouvoir.

À l’époque, elle ignorait carrément les attitudes à adopter en cas de viol et n’avait pas connaissance des structures de référencement. En participant aux activités organisées par le Réseau des Jeunes, elle a pu acquérir de précieuses connaissances sur la prise en charge et le soutien aux survivantes. Aujourd’hui, elle porte sa voix pour prévenir, accompagner et renforcer les jeunes filles de sa communauté.
Ce basculement individuel, de victime silencieuse à actrice de changement, illustre la puissance des approches ancrées localement et centrées sur les droits humains qui valorisent l’appropriation par les jeunes filles elles-mêmes des défis et la formulation de solutions. Les jeunes filles passent de simples bénéficiaires à actrices du changement et avocates dans la défense de leurs droits.
De l’autre côté du continent, au Bénin, le Groupe de Jeunes Filles et Femmes Autonomes (GJFA-ONG) démontre que émancipation économique et leadership sont profondément connectés. L’organisation place les jeunes filles au centre de toutes ses actions, non pas comme bénéficiaires, mais comme co-créatrices et actrices de changement communautaire.
Elles participent à la conception des projets, formulent elles-mêmes les priorités d’action et décident des stratégies à adopter sur des enjeux aussi cruciaux que les violences basées sur le genre, la santé sexuelle et reproductive ou la redevabilité locale. Ces espaces participatifs ont transformé la posture de ces filles, désormais capables de dialoguer avec les décideurs.
Cette dynamique s’est traduite par un changement concret : dans les communes de Bopa et Houéyogbé, les plaidoyers menés à l’aide des jeunes filles ont conduit à l’intégration de lignes budgétaires dédiées à la lutte contre les VBG et à la promotion de la santé et des droits des filles. Une avancée majeure qui montre que leur voix ne s’arrête plus aux ateliers de sensibilisation, mais trouve écho dans les politiques publiques locales.

Des jeunes bénéficiaires participant à un atelier d’élaboration de messages de plaidoyers
L’histoire de Dorcas Megbehou incarne cette évolution. D’abord participante à des activités du GJFA, elle a été accompagnée dans l’entrepreneuriat en maraîchage et élevage en vue du générer du revenu pour poursuivre ses études. Aujourd’hui, elle est entrepreneure autonome, mentor et porte-parole pour d’autres filles de sa commune. Son parcours résume bien la philosophie de l’organisation : la réalisation de l’autonomie financière comme tremplin pour la prise de parole et la légitimité politique.

Aujourd’hui, ces jeunes filles ne se contentent plus de réclamer des droits, elles négocient, influencent et redéfinissent les règles du jeu au sein de leurs communautés. Leur présence dans les réunions communales, leurs interventions dans les cadres de concertation VBG/DSSR, ou encore leurs campagnes de plaidoyer local témoignent d’une chose : le leadership féminin n’est plus un concept abstrait, mais une réalité politique, tangible, en construction depuis le terrain.
Ce que montrent ces deux organisations, c’est que les transformations durables ne viennent pas des déclarations globales, mais de la capacité à localiser l’ambition du leadership féminin pour relever les défis de l’amélioration de leur condition. Les débats mondiaux sur l’égalité de genre parlent de participation, de résilience, d’autonomisation économique. Leur application sur le terrain, prend vie quand une fille ose dénoncer un mariage forcé ou quand une autre obtient un microcrédit pour financer son activité.
En intégrant les filles dans la conception, la mise en œuvre et le plaidoyer, ces initiatives illustrent un changement d’échelle : passer d’une approche “pour les filles” à une approche “par les filles”. Ce changement, bien que local, s’inscrit dans une réflexion globale sur la relocalisation du pouvoir dans le développement. Il répond aux appels répétés pour une aide internationale plus féministe, plus ancrée dans les dynamiques communautaires, où les savoirs et priorités locales dictent les solutions.
En célébrant la Journée internationale de la jeune fille, nous ne devons pas seulement rappeler leurs droits, mais écouter leurs voix, comprendre leurs stratégies, et surtout, leur faire une place durable dans la gouvernance du changement. Parce que le futur de l’Afrique ne se construira pas pour les filles, mais avec elles.