Chaque 28 mai est consacré à la célébration de la journée mondiale de l’hygiène menstruelle. Cette journée nous concerne tous sans distinction de sexe, d’âge, de race, de situation géographique et de religion. Pourtant au Burkina Faso, parler des menstrues est toujours un sujet tabou. Cette difficulté à parler des menstrues en général et en particulier des comportements à adopter pour une bonne hygiène menstruelle freine l’avancée de nombreux efforts qui sont faits au quotidien pour l’égalité des genres.

La menstruation est un processus biologique naturel et normal qui témoigne d’une bonne santé reproductive de la femme. Elle ne doit pas être perçue comme un phénomène qui dégage une aura négative, de la peur, de la honte et de la gêne. C’est ainsi que cette journée mondiale de l’hygiène menstruelle se veut être une occasion de briser les tabous sur la menstruation, de sensibiliser et engager une conversation sur la thématique. Elle a pour but également d’interpeller les différents acteurs et décideurs clés sur la précarité menstruelle. 

Parmi les Objectifs du Développement Durable (ODD), l’ODD 6 « Eau propre et assainissement » vise à assurer la disponibilité et la gestion durable de l’eau potable et de l’assainissement, et un des buts précis implique de donner accès aux femmes et aux filles à des installations sanitaires et à des mesures d’hygiène adéquates d’ici 2030. Il est donc indispensable d’aligner la thématique de l’hygiène menstruelle comme une priorité de santé publique. 

Pour dynamiser la célébration de la journée mondiale de l’hygiène menstruelle et apporter notre contribution dans la lutte, nous organisons incessamment des évènements. En guise d’exemples, nous pouvons citer les campagnes digitales, les causeries éducatives, les formations sur la confection des serviettes hygiéniques réutilisables, des plaidoyers, des activités de mobilisation de ressource personnelles pour doter des serviettes hygiéniques réutilisables aux jeunes filles et femmes vulnérables. 

Toutes ces actions traduisent notre vision : « celle de créer un monde dans lequel toutes les jeunes filles et femmes sont épanouies ». Aussi ces actions ont pour but de :

Le 24 mai de cette année, nous avons lancé une campagne digitale sur nos réseaux de communication. Aussi, le samedi 28 mai, nous avons tenu une discussion sur les menstrues de façon générale et les mythes autours de la thématique. Cette discussion a réuni plus d’une vingtaine de nos membres et prendra fin par une séance aérobic pour dénoncer les nombreuses difficultés auxquelles les jeunes filles et femmes sont confrontées pendant leurs menstrues.

Ne restez pas en marge, nous devons toutes et tous briser les tabous autour de la santé et de la gestion de l’hygiène menstruelle, alors engagez-vous également à nos côtés !


Par Farida Tiemtore, Présidente des Héroïnes du Faso et récipiendaire du Fonds Voix EssentiELLES.

« La place des femmes est à la cuisine ». Ce préjugé à lui seul conteste à la femme la part contributive qu’elle peut apporter à la société en tant que membre à part entière de celle-ci. Et c’est ce contre quoi se bat Bénédicte Baillou, militante burkinabè des droits de la femme et coordinatrice du mouvement citoyen Femin-in, une association de promotion et de défense des droits des femmes créée en 2019 au Burkina Faso. Bénédicte et ses camarades agissent pour l’égalité genre et une présence renforcée des femmes dans les sphères décisionnelles. Elles font siennes le dicton : « les décisions qui sont prises sans nous pour nous, sont prises contre nous ».

Mousso News : Pourquoi avoir créé le mouvement citoyen Femin-in ? 

 Bénédicte Baillou : Nous avons créé ce mouvement parce que nous avons à cœur de contribuer à réduire les inégalités sociales avec une approche féministe. Nous croyons que pour changer la perception de la femme dans la société, il est primordial de mettre les mots sur les tares patriarcales dont sont victimes les femmes.

Au Burkina Faso, plusieurs préjugés sur les femmes émergent dans le débat public, quelles sont les actions spécifiques de votre organisation pour briser ces perceptions ? 

Déjà pour nous, il faut changer le narratif donc dans ce sens nous faisons de la sensibilisation grâce aux réseaux sociaux, ensuite nous faisons de la formation et de l’information parce que plus les filles et les femmes seront formées, mieux elles pourront participer à changer les choses.

02 ans de Femin-in, 02 ans d’actions dans le plaidoyer pour l’effectivité des droits des femmes, l’information et la communication sur les potentiels de la femme, quelles sont les réalisations de Femin-in qui constituent aujourd’hui une fierté pour vous ? 

La clinique juridique et psychologique qui accompagne de façon gratuite les filles et femmes victimes de VBG. Nous leur apportons un appui juridique et une assistance judiciaire pour qu’elles puissent obtenir réparation. La deuxième fierté pour nous est la mise en place de l’incubateur politique qui aujourd’hui est fonctionnel.

Qu’est ce qui suscite tant de fierté pour cet incubateur ? 

L’incubateur politique est une fierté pour nous parce que d’abord c’est la principale raison qui a conduit à la mise en place du mouvement. « Les décisions qui sont prises sans nous pour nous, sont prises contre nous ». Nous ne voulons plus être absentes des sphères décisionnelles, nous voulons avoir notre mot à dire dans l’élaboration des politiques publiques et dans leur mise en œuvre. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous mettons en œuvre une série d’activités de conduite de plaidoyer de prise en compte des besoins spécifiques dans la programmation des politiques sanitaires grâce à l’initiative Voix Essentielles de Speak Up Africa.

Quelles sont vos ambitions pour l’avenir ? 

La première ambition est de positionner le Mouvement Citoyen FEMIN-IN comme une organisation de la société civile qui travaille avec les communautés et pour elles. L’autre ambition c’est de participer à la mise en lumière d’une nouvelle génération de femmes et filles politiques. Enfin, nous voulons contribuer à l’émergence d’un mouvement féministe burkinabè.

Quel est votre message à l’endroit de la jeunesse qui comme vous a soif de changement social qualitatif ?

Pour un réel changement social, il est impératif de compter sur les femmes et avec elles. Parce qu’aucune nation ne se développera de façon durable sans une justice sociale équitable.

Entretien réalisé par Harouna Drabo,

Journaliste participant à l’initiative « Des lignes pour un impact » de Speak Up Africa.

REJOIGNEZ LA CONVERSATION : Burkina Faso ; Côte d’Ivoire ; Sénégal

Le 11 octobre dernier, nous avons célébré la Journée internationale de la fille, une journée visant à évoquer les défis auxquels font face les filles et encourager leur autonomisation. Cette année, le thème de cette journée portait sur « Génération numérique, Notre génération », un thème d’autant plus parlant dans le contexte de la COVID-19. 

Il est  important de soutenir les jeunes filles afin de leur permettre de réaliser leur plein potentiel et de prendre leurs propres décisions quant à leur avenir car les inégalités entre les femmes et les hommes démarrent dès le plus jeune âge. En effet, et alors que les femmes sont le moteur du développement économique en Afrique, il est estimé qu’il faudra 121,7 ans pour réduire les écarts en Afrique subsaharienne.

Encore aujourd’hui, il existe des inégalités d’accès aux services de santé pour les jeunes filles et femmes liées à des facteurs culturels, sociaux et économiques et notamment dans les pays en développement : elles disposent de revenus plus faibles, dépendent d’un membre de leur famille, ont des charges familiales lourdes, n’ont pas accès à l’éducation ou encore souffrent de discrimination. Nous savons aussi que ces inégalités perdurent toutes leurs vies. Plus jeunes, on ne leur prête pas la même attention qu’aux garçons lorsqu’elles souffrent de maladies infantiles. Et lorsqu’elles sont adolescentes et en âge de procréer, elles n’ont pas des conseils et soins gynécologiques adaptés. Il est à noter que outre la mortalité maternelle, les mutilations génitales et les maladies sexuellement transmissibles, les femmes âgées de 15 à 49 ans sont en effet plus touchées par le VIH, la tuberculose et le paludisme.

Ces nombreux obstacles les empêchent d’être présentes à l’école ou au travail et donc d’être pleinement autonomes, alors qu’en parallèle, elles contribuent fortement au secteur de la santé, représentant 70% des effectifs des agents de santé communautaire au niveau mondial. 

L’éducation est un socle vital pour ces jeunes filles afin qu’elles puissent acquérir les connaissances nécessaires pour  participer par la suite aux processus d’élaboration des politiques et réduire les pesanteurs socioculturelles qui les suivent tout au long de leur vie.

Pour le Professeur Ndioro Ndiaye, Coordonnatrice du Réseau Francophone pour l’Égalité Femme-Homme et Présidente du Comité consultatif de  Voix EssentiELLES,  il est primordial de mettre en avant les femmes dans les espaces de prise de décision : « Alors que nous célébrons la Journée internationale de la fille, j’appelle à une plus grande représentation dans les systèmes politiques, et à ce que davantage de femmes s’impliquent dans la politique de proximité. » s’est-elle ainsi exprimée dans une tribune pour Face 2 Face Africa. Les femmes sont aussi les mieux placées pour élaborer des politiques qui permettront de répondre précisément aux problématiques qu’elles vivent au quotidien.  En effet, « les capacités des femmes à faire entendre leurs voix, à prendre des décisions, et à assumer leur leadership sont essentielles pour leur autonomisation. » a-t-elle précisé pour la BBC Afrique, dans une émission diffusée à l’occasion de la Journée.

L’initiative Voix EssentiELLES, lancée en juillet dernier par Speak Up Africa et cofinancée par le Fonds mondial et la Fondation CHANEL, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Sénégal, répond précisément à ces enjeux. Elle vise à soutenir et renforcer les capacités des organisations de femmes et jeunes filles afin qu’elles participent à l’élaboration de politiques de santé qui affectent leur santé et leur bien-être. Dans le cadre de Voix EssentiELLES, un fonds dédié a été mis en place et un soutien technique leur sera apporté à travers l’Université de l’ExcELLEnce afin de leur faire bénéficier de compétences organisationnelles, en leadership, plaidoyer et communication dans les trois pays.

Maelle Ba, Responsable de la Communication Stratégique chez Speak Up Africa est revenue en détail sur l’initiative pour Telesud.

« Je suis très heureuse de voir que Voix EssentiELLEs entend favoriser l’émergence des micro-organisations qui sont bien nombreuses au Burkina Faso et malheureusement manquent d’opportunité de financement pour mieux agir. Cette initiative marque une révolution dans le processus de mise en œuvre des programmes de développement en santé au Burkina Faso. »

Stevie Reine Yameogo, Vice-présidente du Réseau des Jeunes Ambassadeurs pour la Santé de la Reproduction et la Planification Familiale au Burkina (JASR-PF/Burkina).

La thématique du genre est indissociable de l’amélioration des conditions de santé des populations et elle doit être intégrée pour répondre précisément aux besoins des jeunes filles et femmes.

Toujours à l’occasion de la Journée internationale de la jeune fille, et afin de catalyser davantage d’attention et d’investissements sur l’impact du paludisme sur les jeunes filles et femmes, le Partenariat RBM pour en finir avec le paludisme, le Fonds mondial, Speak Up Africa et ONU Femmes ont organisé un événement virtuel sur le thème «  Faire avancer l’égalité du genre pour en finir avec le paludisme ».

« Pendant trop longtemps la lutte contre le paludisme n’a pas tenu compte du genre. Il est temps de s’attaquer au poids caché que représente le paludisme pour les femmes et les filles. »

Ellen Johnson Sirleaf, co-Présidente du Conseil mondial pour mettre fin au paludisme, ancienne Présidente du Libéria et Fondatrice du Presidential Center for Women Leaders and Development.

Le paludisme présente de nombreuses conséquences pour des millions de femmes et les jeunes filles que ce soit en termes d’accès aux soins de santé, à l’école et à l’emploi. Ce fléau pèse notamment sur les femmes enceintes car il entraîne pendant la grossesse près de 10 % des décès maternels, 11 % des décès de nouveau-nés et 20 % des mortinaissances en Afrique subsaharienne. Les femmes sont à l’avant-garde de la lutte contre le paludisme, que ce soit dans les services de santé en tant qu’agents de santé, dans la sphère publique en tant que leaders communautaires ou à la maison en prenant soin des membres de leurs familles. Afin de leur permettre une meilleure gestion de la maladie, « Il faut d’abord renforcer leurs capacités et les mettre au-devant de scène en les aidant, en les soutenant moralement, physiquement et financièrement. » souligne Fatimata Sy, Présidente de l’Association Sénégalaise pour le Futur de la Femme et de l’Enfant dans le cadre d’une vidéo diffusée lors de l’événement et au sujet de l’initiative Voix EssentiELLES.

Cependant, la marche vers l’égalité des genres ne pourra se faire que si les garçons et les hommes sont intégrés.

La notion de masculinité positive doit être largement promue afin de leur permettre d’être des alliés dans cette lutte. Dans des espaces à dominante masculine, leur prise de position et leur engagement permettraient de faire changer les comportements, lutter contre les préjugés et redéfinir les rapports sociaux entre les hommes et les femmes.